« Combien coûte et combien rapporte la Guyane à l’État ? ». Quand les relations (néo)coloniales se mettent à nues

En surfant sur twitter j’ai pu voir un tweet annonçant une émission de radio sur RTL posant la question qui est dans le titre de cet article : « Combien coûte et combien rapporte la Guyane à l’État ? ».

 

 

Dans la mesure où j’écris cet article indépendamment de l’émission elle-même, il ne faut pas y voir un commentaire critique sur le contenu de ladite émission ou sur l’invité chargé de débattre du sujet. Il est donc inutile de se précipiter pour me faire le CV de l’intéressé afin de me prouver qu’il n’est pas raciste. Je n’en sais rien et cela ne m’intéresse pas, pas seulement pour lui, mais plus généralement : savoir qui est raciste, c’est à dire est-ce qu’Untel est un raciste ou pas, n’est aucunement aussi fécond que de se demander comment se manifeste le racisme, dans les imaginaires, les institutions, les mécanismes de la société. Je veux donc plutôt mener une réflexion sur ce que m’évoque la question elle-même, car formulée ainsi ou dans d’autres variantes, il me semble qu’elle contient beaucoup de choses sur lesquelles il faut prendre le temps de s’arrêter. Et aussi parce que ça ne renvoie pas simplement à la Guyane, mais plus généralement au rapport de la France avec ces territoires qu’on appelle « DOM » (Départements d’Outre-Mer).

Pour moi, se poser cette question rappelle que ces dits « DOM » sont bien des colonies, bien que sous des formes qui diffèrent de celles du passées. Personne ne se demanderait ce que coûtent et rapportent la Creuse ou les Bouches du Rhones par exemple, parce que l’appartenance à l’entité France de ces territoires et des peuples qui y vivent, telles qu’on se les représentent,  va de soi. Rassurez-vous (ou déplorez-le, selon vos opinions), je ne suis pas assimilationniste, donc je ne regrette pas du tout que notre appartenance à la France n’aille pas de soi et je n’implore pas qu’elle finisse enfin par nous inclure, c’est de toutes les façons impossible. Je tiens simplement à le pointer du doigt et donc à montrer les mensonges de l’universalisme français.

Je ne dis pas que toute personne qui répondra à une telle question va forcément dire des choses fausses ou biaisées. Je pense même qu’il y a de bonne façon d’y répondre. Mais je note simplement que ce n’est pas une question anodine – ou plutôt elle ne devrait pas l’être – car de mon point de vue elle illustre un rapport de domination économique et colonial : autrement dit « combien ça nous coûte et rapporte de les garder ? ». L’implicite est celui-là, bien indépendamment des intentions de ceux qui, depuis la France (et pas depuis la Guyane, ou la Guadeloupe, la Martinique etc), se posent ce type de questions.

On ne peut pas faire comme si le questionnement était normal et allait de soi. Ou disons que lorsqu’on prétend que des territoires sont des départements français, ces questions sont tout à fait anormales. Mais d’un point de vue colonial elles sont logiques : la colonie a pour fonction d’être exploitée par la métropole, de lui être utile, de lui rapporter. Alors la métropole pense en terme de coûts et profits, c’est logique. C’est donc l’aspect colonial des rapports entre la France et les « DOM TOM » comme on les appelle qui se reflète dans la normalisation de ce genre de questions.

Autre chose très importante : vous aurez remarqué que ces questions ne ressortent que quand il y a de gros mouvements de grèves, des grèves générales, dans les colonies départementalisées. Là encore, c’est tout sauf anodin. Pourquoi ? Parce que ça sous-entend que le cri de la révolte des colonisés amènent les élites de la métropole à s’interroger, là encore quelles que soient leurs intentions, sur la légitimité de la colère du peuple : « est-il vraiment légitime qu’ils nous fassent chier à ce point ? », pour les plus consciemment colons, ou « pourquoi sont-ils à ce point révoltés ? », pour les autres. Et pour répondre à ces questions qu’elle se pose à elle-même, dans un entre soi métropolitain implicite, l’élite de la métropole va vouloir trouver des réponses très rationnelles, d’où le fait de procéder à des calculs : combien ils nous coûtent, combien ils nous rapportent. Et selon ce qu’on trouvera, peut-être saurons-nous si oui ou non il est légitime pour eux de s’énerver. Peut-être que s’ils nous rapportent plus que ce qu’ils nous coûtent, on pourra un peu comprendre leur colère ? Mais si c’est l’inverse, alors là non !

Les grosses grèves dans les colonies ont au moins cette fonction : sortir de l’effacement les peuples des territoires réduits à un rôle de pourvoyeur d’exotisme. Parce qu’il est évident que nos territoires existent plus que nous -mêmes dans l’imaginaire eurocentré. Ah la Guadeloupe et ses belles plages! Ah la Guyane et sa nature sauvage ! Le peuple guadeloupéen ? Le peuple guyanais ? Il n’existe pas, ou seulement de manière opportune : s’il faut l’utiliser contre les immigrés africains et les français d’origine africaine. The Good negro VS the Bad negro. Cela fait des siècles que le blanc joue à ça.

Bref, s’interroger en ces termes, revient à remettre en question de la légitimité de nos révoltes. Quand il y a de gros mouvements sociaux en France on ne s’intéresse pas à savoir ce que coûtent ou rapportent les départements dans lesquels la contestation gronde. Bien que stigmatisées, réprimées, criminalisées, les grèves du peuple majoritaire ne sont pas remises en question dans leur légitimité, ou plutôt pas de la même façon que nous. En ce qui nous concerne, nos révoltes sont accueillies par la présomption d’ingratitude, parce que quelque part, ce serait déjà un cadeau qu’on nous ferait de nous garder administrativement au sein de la France. Donc nos révoltes, dans leur principe même et avant que ne se pose la question de leur contenu, ne sont pas légitimes.  

Calcul des coûts et des profits…procédé dans lequel au passage on est  perdants par avance. Parce qu’en réalité, les chiffres eux-mêmes sont biaisés (mais ici, cela ne nous est pas spécifique, c’est valable pour tous les sujets). Quand on sait, entre autres, que l’INSEE ne calcule pas le niveau de vie de la même façon selon que vous êtes en France métropolitaine comme on dit, et au « DOM TOM  » comme on dit (et donc considère que le niveau de confort est naturellement plus bas chez les colonisés et que l’inconfort nous gênerait donc moins) on voit bien que les calculs, tout comme les interprétations, relèvent aussi du social et ne disent pas de Vérités absolues. Les chiffres sont produits, pensés par des êtres sociaux, situés, eux-mêmes produits d’un contexte politique, sociale, économique.

Où se trouve alors la vérité ? Politiquement, elle se trouve dans la répétition inlassable des crises, de grèves, et de toutes les autres formes d’expression de nos colères (même celles autodestructrices, hélas…). Selon nos orientations politiques, on formulera des aspirations différentes : encore et toujours plus d’implorations envers l’amère patrie [merci à Bondamanjak pour ce magnifique terme], encore et toujours plus d’assimilation, ou alors, encore plus de désirs de souveraineté, d’émancipation et de décolonisation réelle. Quoiqu’il en soit, quelque soit le bord où on se trouve, nos réalités ne nous échappent pas et nous savons tous qu’il y a de sérieux soucis. Réussirons-nous un jour à emprunter collectivement la voie de libération qui nous appelle depuis des siècles ? Je préfère penser que oui.

 

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Néocolonialisme et Françafrique : décryptage de la mentalité de colons

Un article intitulé «  L’Afrique a-t-elle encore une importance stratégique pour la France au XXIe siècle ? » est paru dans Le Monde aujourd’hui, 13 janvier 2017. C’est l’exemple même de l’article abjecte qui pue la mentalité coloniale. Vous pouvez le lire ici : http://bit.ly/2jg8Wmj

Parmi les choses immondes, on peut noter ceci :

– le titre pose une question d’une grande indécence (pour rappel « L’Afrique a-t-elle encore une importance stratégique pour la France au XXIe siècle ? » ) mais qui est tout à fait rationnelle dans un monde encore colonial : l’Afrique nous est-elle encore utile ? Oui, alors ne la lâchons pas!

– les relations coloniales puis néocoloniales qui lient la France à l’Afrique sont romancées, normalisées, par exemple dans cet extrait :

« Pourtant, parmi les grandes nations, la France est, avec l’Angleterre, la plus proche – par l’Histoire, la langue et la géographie – de l’Afrique ».

Euh… D’où vient cette « proximité » ? N’est-elle pas le produit d’une histoire de domination ?! L’Angleterre et la France ne possédaient-elles pas les deux plus grands empires coloniaux d’Europe ? S’il y a « proximité » linguistique et historique c’est à cause de la violence coloniale. Or dans cet article, pas un mot sur la colonisation qui a créé ces « liens ». C’est à croire que la France et l’Afrique de l’ouest sont « naturellement » liées. Non, ce sont des liens mortels que la France et plus généralement l’Europe ont initié dans le sang.

– ensuite, on a droit à des pleurnicheries parce que la France est concurrencée en Afrique par d’autres prédateurs :

« Mais aujourd’hui, elle [La France] peine à définir une stratégie claire à l’égard du continent, à l’inverse d’autres puissances telles que la Chine, l’Inde, le Japon, voire l’Allemagne. Ces pays ont lancé des projets d’ampleur en Afrique, comme le Japon, qui prévoit d’investir 30 milliards de dollars (28,1 milliards d’euros) en trois ans. Paris peine à s’adapter à la nouvelle donne de la mondialisation. Pour autant, ce déclin n’est pas irrémédiable »

ou encore

« L’élection présidentielle de mai 2017 devrait permettre à la France de reprendre un rôle de précurseur en Afrique, dans l’espace francophone et en Europe pour retrouver la maîtrise de sa vocation universelle »

Vous vous rendez compte ?! C’est la mentalité de colons dans toute sa splendeur. « Vocation universelle », sérieusement ? « rôle précurseur » ?!

En gros, dans cet article ce sont des lamentations concernant le fait que la France n’est plus le prédateur numéro 1 de « l’Afrique francophone » et on insiste à ce qu’elle le redevienne au nom de sa « vocation universelle » (mission civilisatrice ?).

L’idée d’une « vocation », qui plus est « universelle » de la France est en plein de la logique coloniale du droit d’ingérence politique, économique et culturelle. Bref, cette prétention à incarner « l’universel » sensé donner tous les droits sur les Autres et leurs terres.

Qui a donné cette prétendue « vocation » à la France ? Quelle est donc la « vocation » de l’Afrique ? La dépendance éternelle à l’Europe d’abord, puis à ses concurrents d’Asie ?

Enfin, le paragraphe qui suit mérite aussi notre attention :

L’intégration de la verticale Afrique-Méditerranée-Europe sera un succès si l’Europe articule un plan Marshall pour le continent autour de quatre piliers fondamentaux : l’industrialisation, la transformation agricole, les infrastructures de transports et l’électrification de l’Afrique. L’électrification, est la priorité absolue, car cela conditionne l’accès à l’eau, à l’éducation, à la santé, à l’emploi et à la sécurité.

Il s’agit ici, malgré la raison avancée consistant à « aider » la population à accéder à de meilleures conditions de vie, à étendre les marchés européens (dans les domaines des transports, de l’industrie, de l’électrification etc), à transformer les économies traditionnelles pour les intégrer à l’économie de marché capitaliste, et donc à transformer les populations en salariés/consommateurs.

Vu les guignols néolibéraux qui ont écrit l’article, ce n’est étonnant que ce soit leurs points de vue. Mais je voulais quand même m’arrêter sur cet article pour montrer comment la logique néocoloniale peut s’exprimer en tout décomplexion, mais dans un langage qui n’est pas celui de l’outrance (comme Le Pen), du racisme biologique (comme Henry de Lesquen) ou de l’apologie explicite de la colonisation (comme Fillon).

Non, là c’est dans un langage feutré, recouvert du vernis du progrès, de l’amitié entre les peuples, du « développement ». Et ce que je trouve dommage, c’est qu’on s’énerve le plus souvent sur les manifestations très droitières du racisme (celles dont je parlais juste avant, Le Pen, Fillon etc), mais des propos de ce type devraient aussi, sinon plus, nous mettre dans une grande rage, nous africains et afrodescendants.

C’est l’exemple de discours  qui prône tranquillement la poursuite du pillage de notre continent d’appartenance proche ou lointaine et ça, ça me met plus en rogne que des excités d’extrême droite qui tweetent des horreurs négrophobes (qui sont graves certes ) mais qui sont assez exhubérantes pour être dénoncées, alors que le néocolonialisme de cet article passe en finesse. Le tout, publié dans un journal de gauche, et non pas dans Le Figaro, ou Valeurs Actuelles.

Vraiment, continuons à nous battre contre le néocolonialisme, en le dénonçant, en nous organisons, parce que c’est le cœur du problème. La négrophobie que nous subissons ici en France prend sa racine dans l’écrasement de l’Afrique.



 Source photo : http://larumeurmag.com/blog/2014/10/27/total-et-elf-bras-arme-de-la-francafrique-par-cameroonvoice-com/

Ni châtiment divin, ni simple malchance : la situation d’Haïti résulte de l’acharnement des puissances (néo)coloniales

A chaque grande tragédie qui frappe Haïti, comme en ce moment avec le cyclone Matthew, un lot de propos ignobles prospère sur les réseaux sociaux. « Tant pis pour eux, ils voulaient leur indépendance! » , « Et là ils diront quoi, que c’est un suprématiste blanc qui a envoyé l’ouragan pour les appauvrir ? » et autres stupidités peut-on lire sous la plume de nombreux racistes blancs qui, des siècles plus tard, peinent encore à digérer l’énorme claque que la glorieuse Révolution haïtienne a infligé au monde colonial et esclavagiste européen, et en particulier français. Mais si les inepties sur Haïti s’arrêtaient aux seuls blancs, peut-être aurait-il été vain d’écrire cet article. Le problème, ou plutôt, ce qui m’ôte chaque jour un peu plus d’espoir dans ce monde, c’est que beaucoup de noirs aliénés1 par des conceptions négrophobes des religions qu’ils pratiquent2 voient dans les nombreuses difficultés qu’affrontent Haïti le résultat de ce qu’ils considèrent être un péché originel : avoir fait une cérémonie vaudou dans le combat contre l’esclavage.

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Cérémonie du Bois-Caïman, 14-15 août 1791

De cette supposée « faute » (puisque les spiritualités africaines sont sataniques à leurs yeux), viendraient pauvreté et autres fléaux. Selon cette logique, l’être suprême qu’ils osent appeler « dieu » aurait plus de colère envers des opprimés (les esclaves qui se battent pour leur libération) qu’envers les oppresseurs (les esclavagistes). Cela veut dire que pour eux, si les nations coloniales sont des pays riches (côté traite atlantique, mais des raisonnements honteux similaires se trouvent chez des noirs qui intègrent et justifient une lecture négrophobe de la religion en contexte musulman), ce n’est pas parce que leur richesse est tirée de vols et massacres, mais c’est sûrement que « dieu » les a plus « bénis » qu’ils n’a béni ceux qu’ils ont opprimés. C’est à dire que, toujours selon cette idéologie honteuse, dès lors que l’on pratique la bonne religion, on peut perpétrer des massacres, et être quand même de ceux qui « seront bénis ». Mais malheur aux opprimés qui dans leur noble quête de libération osent faire preuve d’africanité – c’est à dire puiser dans leur propre socle culturel par ailleurs, les esclaves ayant été arrachés à l’Afrique et pas à un autre continent – car les voilà condamnés à subir des siècles durant, alors que les descendants d’esclavagistes et de colons couleront des jours heureux. Voilà en substance ce que suggère cette logique portées par certains noirs, qui peuvent à la fois proférer de telles horreurs et deux minutes après devenir très loquaces sur « l’amour divin »3.

On s’attachera alors ici à déconstruire ce mythe de la « malédiction haïtienne », invention des colons, acharnés dans leur lutte visant à détruire Haïti, pour faire peur à tous les autres esclavagisés/colonisés des Caraïbes : « voici ce qui vous attend si vous suivez le chemin de la libération qu’ils ont emprunté ». Tel était l’objet de la diabolisation d’Haïti. Et c’est toujours le cas à l’heure actuelle : les békés et autres racistes « métropolitains », ainsi que les noirs endoctrinés par eux, n’ont de cesse d’agiter « Haïti » comme pour effrayer quiconque ose évoquer la légitime et inévitable souveraineté nationale guadeloupéenne et martiniquaise. Vraisemblablement, un discours similaire semble aussi avoir cours ailleurs à Porto Rico (colonie des Etats-Unis) se servant aussi bien d’Haïti que de Cuba pour décourager quiconque souhaiterait se libérer du joug américain. Il est important de s’attaquer à ce genre de mythes car ils déshumanisent les populations qu’ils stigmatisent et empêchent de penser des solutions concrètes (et donc de penser des luttes) puisque, selon la logique sur laquelle ils s’appuient, le problème ne serait pas social, humain, mais se situerait dans le « monde spirituel » etc. 

Mais l’on aurait tort de réduire les conceptions offensantes sur la situation haïtienne à la seule aliénation religieuse, car d’autres, moins portés sur les mythes religieux, considèrent qu’Haïti est victime de malchance : « les pauvres, ils n’ont vraiment pas de chance… ». Ici, on a certes en moins l’ignominie du raisonnement précédent, mais il demeure tout de même (au moins) deux problèmes. Cette fois, la pauvreté n’est pas vue comme un châtiment divin, mais comme un fait qui n’a pas d’origine, pas de cause, pas d’histoire. Or c’est précisément en prêtant attention à l’histoire haïtienne que l’on peut trouver l’antidote contre les explications fumeuses sur sa situation actuelle, qu’elles se basent sur des théories religieuses ou non. Et le second problème, c’est que cela construit les Haïtiens comme des victimes passives qui ne font que subir, alors que si effectivement il y a bien un tas de mécanismes historiques et actuels qui pèsent très négativement sur ce peuple, ses résistances aussi bien en Haïti que dans la diaspora sont très vives. Et c’est d’ailleurs en suivant le cours des résistances d’un peuple qu’on arrive à comprendre à quelle type d’hégémonie il fait face. Il faut donc prendre garde à ne pas oublier que dans toute situation de domination, l’opprimé résiste.

Briser le peuple en devenir qui s’est libéré de l’esclavage

De quelle « situation de domination » parlons-nous donc quand il s’agit d’Haïti ? Il n’est ni question d’une malédiction, ni d’une malchance, mais bien, comme déjà évoqué plus haut, de l’acharnement européen puis américain contre cette nation dont il a fallu faire un exemple négatif. La logique est simple : vous voulez vous libérer de l’esclavage, vous voulez être indépendants, c’est à dire libres ? Et bien nous allons vous écraser. Des mécanismes similaires furent à l’oeuvre au moment des indépendances africaines. En effet, si malgré les indépendances formelles les pays africains connaissent des situations économiquement et politiquement difficiles, ce n’est pas parce que l’indépendance en soi est un problème – idée absurde qui laisse entendre que la dépendance à un colon est chose normale et nécessaire –  mais c’est parce que les « ex » métropoles coloniales se sont bien employées à écraser les pays nouvellement indépendants, afin d’assurer une dépendance éternelle. Par exemple, lorsque pour dire non à la continuation sous quelque forme que ce soit de la colonisation française, le leader guinéen Ahmed Sékou Touré déclara en présence de De Gaulle en août 1958 qu’« il n’y a pas de dignité sans liberté , nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage »4, l’Etat français a aussitôt voulu faire de la Guinée, premier pays africain accédant à l’indépendance, un exemple négatif. Pour cela, et comme à son habitude, la France n’a pas hésité à recourir à des procédés aussi sales que son histoire :

« La première tentative de déstabilisation vise l’économie guinéenne c’est « l’opération Persil ». Les services secrets français ont fabriqué des faux francs guinéens. L’économie du pays, déjà malade, traverse une grosse période de crise ce qui oblige la dévaluation du franc guinéen. Pour Foccart, Sékou Touré est l’ennemi public numéro un. »5

Voilà donc ce que fait la France chaque fois que des colonisés lui disent « non » : déstabilisation, répression, coups d’Etat, et j’en passe. Imaginez donc, près de deux siècles plutôt, l’affront qu’a constitué la Révolution anti esclavagiste menée dans la colonie particulièrement prospère de Saint Domingue, devenue Haïti une fois libre. Vient alors la fameuse « dette » que cette jeune nation a dû payer à la France pour son indépendance. L’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert a écrit à ce propos un article dans Libération en 2010 :

« Nous sommes en 1825. Après deux décennies de négociations pour tenter de ramener, sous une forme ou une autre, l’ancienne colonie française de Saint-Domingue dans le giron de la métropole, Paris a compris qu’il allait devoir y renoncer. […] Dans une ordonnance en date du 17 avril 1825, [le roi Charles X] «concède» au jeune Etat son indépendance contre une indemnité de 150 millions de francs-or pour dédommager les anciens colons et l’assurance d’échanges commerciaux privilégiés en faveur de la France. […] Pour amener les Haïtiens à accepter «le pacte le plus généreux dont l’époque actuelle offre l’exemple», Charles X a des arguments de poids. Il fait escorter l’ordonnance par une armada de 14 bâtiments de guerre armés de 528 canons. En cas de refus, toujours selon le ministre de la Marine, Haïti sera «traité en ennemi par la France», dont l’escadre «est prête à établir le blocus le plus rigoureux devant les ports de l’île». A la tête d’un pays mis au ban des nations, sous pression entre autres de l’ex-métropole, et incapable de renouveler les efforts de guerre qui avaient mené à l’indépendance, le président haïtien Jean-Pierre Boyer signe. […] Il se met ainsi en place un jeu financier complexe que la jeune nation va traîner tel un boulet sur plus de cent vingt-cinq ans. […] De plus, par crainte du retour des Français, ses dirigeants se sont lancés dans des constructions militaires d’envergure au détriment de la mise en place d’infrastructures de développement. […] En 1838 […] Louis-Philippe Ier, moins intransigeant que Charles X, signe deux nouveaux traités avec l’ex-colonie française de Saint-Domingue. Par le premier, Sa Majesté le Roi «reconnaît» l’indépendance pleine et entière de la république d’Haïti. Le second revoit à la baisse le solde dû de l’indemnité, qui passe ainsi à 60 millions. Au total, l’indemnité aura été de 90 millions de francs-or, que les Haïtiens vont finir de payer en 1883. Pour y arriver, il a fallu mettre sur pied un système bancaire complexe au travers duquel la France aura contrôlé les finances du pays jusqu’à l’occupation étasunienne de 1915. En revanche, les divers emprunts et intérêts auprès des banques françaises, puis étasuniennes, pour régler la «dette de l’indépendance» ne seront définitivement soldés qu’en 1952. De l’avis des historiens, le paiement de cette «double dette», sans en être la seule cause, aura pesé très lourd sur la situation catastrophique du pays. »

Pour aller dans le sens de cet écrivain, Marcel Dorigny, historien, a déclaré dans un entretien que cette dette a « contraint Haïti à mettre le doigt dans l’engrenage de l’endettement international »6

Du coup, s’agit-il d’une malédiction en lien avec le vaudou ou de l’arrogance d’un empire esclavagiste et colonial qui s’arroge le droit de priver de liberté des peuples et estime mériter des « réparations » quand le peuple en question arrache sa victoire ? Il semble bien qu’aborder cette question de la dette, de la manière dont la France peut menacer et extorquer les peuples qui se sont libérés de sont emprise, et cela en toute impunité, fait bien plus sens pour le sujet abordé ici, que des préoccupations loufoques sur le vaudou, qu’importe ce que chacun en pense. Et rappelons que bien souvent, les mêmes qui trouvent normal qu’on envoie des pauvres en prison parce qu’ils ont volé des babioles vont ensuite vous expliquer qu’il faut arrêter de croire que cela a eu « tant d’impact que ça », une (double) dette en millions, prélevée injustement à un pays jeune et fragile par un pays riche, et qui a duré plus de cent ans …Vaste hypocrisie.

2015, manifestations en réaction à la venue de François Hollande en Haïti. Ce dernier a affirmé que la France a une "dette morale" envers Haïti.

2015, manifestations en réaction à la venue de François Hollande en Haïti. Ce dernier a affirmé que la France a une « dette morale » envers Haïti.

Férocité impérialiste à l’ère contemporaine

Après cette dette, qui à elle seule engendre son lot de problèmes, on peut citer dans l’ère plus récente d’innombrables magouilles et de profits générés sur le dos des Haïtiens par des politiciens, des entreprises étrangères avec, comme toujours dans toute situation coloniale, la complicité de certains bourgeois locaux. On peut mentionner par exemple les profits considérables que Bill et Hillary Clinton ainsi que leurs amis entrepreneurs ont réalisés après le tremblement de terre si meurtrier de 2010. Dinesh D’Souza* (voir dernière note) a écrit un livre sur Hillary Clinton et des dossiers peu glorieux du Parti Démocrate, et s’est penché sur l’implication des Clinton dans cette vaste arnaque :

« Après le tremblement de terre, Bill Clinton avait annoncé en fanfare la création du Fonds de reconstruction d’Haïti. A la même époque, son épouse Hillary était secrétaire d’Etat des Etats-Unis. Elle était en charge de l’aide américaine allouée à Haïti. Ensemble, les Clinton étaient donc les deux personnes les plus puissantes contrôlant le flux d’argent provenant du monde entier et à destination d’Haïti »7.

D’Souza détaille comment des sommes astronomiques se sont retrouvées à remplir les poches d’un tas de gens, via un réseau sophistiqué de copinage. En clair, la plupart des personnes sous-tirant des fonds supposément pour Haïti, ainsi que des chefs d’entreprises sensés recevoir lesdits fonds pour reconstruire l’île, sont pratiquement tous proches des Clinton :

« Les Clinton ont également distribué 10 millions $ en prêts fédéraux à une société appelée InnoVida, dirigée par un donateur de la Fondation Clinton, Claudio Osorio. Osorio avait rempli son conseil d’administration avec des proches des Clinton, notamment le général Wesley Clark, allié de longue date; Jonathan Mantz le directeur financier de la campagne d’Hillary en 2008; et Chris Korge collecteur de fonds du Parti Démocrate qui a aidé à amasser des millions pour les Clinton. Normalement, le processus d’attribution des prêts prend des mois, voire des années. Mais dans ce cas, un fonctionnaire du gouvernement a écrit: «L’ancien président Bill Clinton est personnellement en contact avec l’entreprise pour organiser répondre à ses besoins logistiques et apporter son soutien. Et en tant que secrétaire d’État, Hillary Clinton a mis à disposition des ressources du Département d’Etat pour aider cette entreprise avec des moyens logistiques. » InnoVida n’avait même pas fourni un rapport financier pouvant être vérifié de façon indépendante, ce qui est normalement une exigence pour de tellles demandes de prêts. Cette exigence, cependant, a été levée. Sur la base de la connexion Clinton, la demande d’InnoVida [de recevoir 10 millions de dollars de prêts fédéraux] a été rapide suivie et approuvée en deux semaines. La société, cependant, n’a pas construit de maisons. Une enquête a révélé que Osorio avait détourné des fonds de l’entreprise pour payer sa maison de Miami Beach, sa Maserati, et son chalet de ski du Colorado. Il a plaidé coupable pour fraude et blanchiment d’argent en 2013, et purge actuellement une peine de prison de douze ans. »

Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que même lorsque la fraude est avérée (comme dans le cas de Osorio pour l’entreprise InnoVida), les Clinton, c’est à dire ceux-là même qui ont permis à l’argent de circuler ne sont pas inquiétés. Il en va de même pour les écoles, les routes, bref toutes ces constructions qui n’ont jamais vu le jour, ou qui lorsque ce fut le cas, se sont une fois de plus révélées être des arnaques. D’Souza cite en exemple l’hôtel construit par la compagnie Digicel qui a reçu, là encore grâce aux Clinton, 45 millions de dollars du gouvernement américain et qui n’embauche à l’arrivée qu’une douzaine d’Haïtiens. Pour l’argument « favoriser la création d’emplois pour les locaux», on repassera donc…

Donc dans tout ce qui a été exposé ici, s’agit-il de malédiction liée au vaudou, ou de magouilles au plus haut niveau pour que des porcs tirent profit de la misère d’un peuple ? Rappelons que l’une de ces personnes magouilleuses est actuellement présentée comme une alternative « progressiste » à Donald Trump

2015, activistes haïtiens manifestant devant le quartier général d'Hillary Clinton à Brooklyn. Entre autres, on peut lire sur une des pancartes "Bill Clinton, où est passé l'argent ?".

2015, activistes haïtiens manifestant devant le quartier général d’Hillary Clinton à Brooklyn. Entre autres, on peut lire sur une des pancartes « Bill Clinton, où est passé l’argent ? ».


Autre scandal : La Croix Rouge. Une enquête documentée8 fait état de seulement 6 maisons construites réellement pour des haïtiens dans le besoin alors que l’organisation a reçu pas moins d’un demi milliard de dollars… La Croix Rouge affirme pourtant avoir construit 130 000 maisons, mais pour qui en réalité ? :

« Par exemple, quand elle affirme avoir fourni des maisons à plus de 130 000 personnes, cela inclut les milliers de particuliers qui en réalité ont simplement été « formés aux techniques de construction » (une subtilité dévoilée pour la première fois par le blog consacré à Haïti du Center for Economic and Policy Research). »

En clair : des maisons ont surtout été construites pour les « expatriés » sensés venir aider Haïti. Il s’agit du schéma bien classique du pillage à l’oeuvre dans le néocolonialisme sous couvert « d’aides humanitaires », de « défense des droits de l’homme » ou autres concepts hypocrites :

« Shelim Dorval, une administratrice haïtienne chargée de gérer les déplacements et le logement des expatriés pour le compte de la Croix-Rouge, avoue avoir pensé que c’était du gâchis de dépenser autant pour faire venir des gens si peu compétents, alors que la main d’œuvre locale ne manquait pas. « Tous ces expats touchaient de gros salaires, vivaient dans de belles maisons et se faisaient payer leurs vacances au pays. Beaucoup d’argent étaient dépensé pour eux alors qu’ils n’étaient pas haïtiens et n’avaient aucun lien avec Haïti. Autrement dit, l’argent retournait directement aux États-Unis. » »

Pas besoin d’aller plus loin, on commence un peu mieux à comprendre où est passé l’argent, et une chose est sûre : il n’a pas profité aux Haïtiens. On comprend également pourquoi la diaspora haïtienne nous invite depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux à ne pas donner de l’argent aux ONG internationales qui ne sont que l’une des composantes de l’impérialisme qui s’attaque à Haïti. Il faut donc soutenir les associations et organisations haïtiennes qui ne versent pas dans ces magouilles (voir la liste), et s’informer sur les actions de solidarité de la population locale. Un film assez connu de Raoul Peck, Assistance mortelle, décortique cet « humanitaire » dont la finalité reste malgré tout la dépossession des Haïtiens, leur exploitation, le maintien ou l’aggravation de leur situation.

Encore une fois, s’agit-il d’une malédiction en lien avec le vaudou ou de la férocité du processus de pillage néocolonial qui passe aussi par les ONG ?

Manifestations contre La Croix Rouge (USA). Source.

Manifestations contre La Croix Rouge (USA). Source.

Pour finir, on peut citer le scandale sanitaire qui implique l’ONU et ses casques bleus :

« Du bout des lèvres, les Nations unies reconnaissent leur implication dans la terrible épidémie de choléra qui frappe Haïti. La contamination a causé près de 10 000 morts depuis l’arrivée de la bactérie dans le pays, en 2010, et elle a rendu malades 800 000 personnes. Voilà six ans que des casques bleus sont accusés de l’avoir apportée avec eux du  Népal, ce que l’institution internationale s’est obstinée à nier jusqu’à présent »

S’agit-il d’une malédiction en lien avec le vaudou ou des conséquences mortelles de l’ingérence ONUsienne ?

Des manifestants sur le passage de Ban ki-Moon (ONU) en Haïti © France 24

Des manifestants sur le passage de Ban ki-Moon (ONU) en Haïti © France 24. On peut par exemple lire sur une affiche « Justice et réparation pour les victime de leur choléra ».

2010, manifestants contre l'ONU et pour dénoncer l'importation du Choléra par les casques bleus. Source.

2010, manifestants contre l’ONU et pour dénoncer l’importation du Choléra par les casques bleus. Source.

 


Voilà donc passé en revue quelques éléments bien loin du récit raciste et (néo)colonial revanchard sur Haïti. Celui-ci se contente d’évoquer la pauvreté comme si elle tombait du ciel, de concéder que s’il y a corruption elle ne peut que venir des Haïtiens eux-mêmes, et de passer en revue la période Duvalier, en prenant soin de ne jamais analyser le contexte néocolonial et l’écrasement économique de pays du Sud comme étant propices à l’installation de tels régimes: on préfère se dire que « ces gens-là ont ça en eux ». Et puis insinuer que du coup, c’est quand même vachement mieux de rester sous domination française pas vrai ? Bref le colonialisme et son principe intrinsèque de domination, en s’extrayant par le récit de la violence qu’ils causent dans les faits, se trouvent alors justifiés.

Quoiqu’il en soit, l’essentiel était de réagir ici aux idées ignobles sur la situation d’Haïti ; discours surgissant à chaque catastrophe. Je n’ai aucun mal à recourir à des métaphores religieuses pour expliquer les tragédies de la vie, mais il faut simplement arrêter de dire de la merde. Car expliquer la situation d’Haïti par une malédiction héritée de la pratique du vaudou n’est rien d’autres qu’un raisonnement de merde. Une monstruosité. Une camarade rappelait à juste titre sur twitter que malgré tous les séismes qui frappent par exemple le Japon personne ne parle de « malédiction », tout le monde comprend que le Japon est placé sur un territoire à fort risque sismique. Pourquoi beaucoup des nôtres n’arrivent-ils pas à comprendre qu’Haïti est placée sur une zone qui la rend vulnérable aux catastrophes naturelles ? Sachant en plus que le pays a des difficultés économiques, pourquoi ne pas comprendre que le grand niveau de destruction s’explique par l’autre vulnérabilité, celle des infrastructures, des logements, etc ? Pourquoi aller chercher des histoires de malédiction ? Lorsque l’ouragan Katrina a détruit le sud des Etats-Unis et laissé les noirs de ces régions dans la misère, était-ce une malédiction où le résultat croisé d’une catastrophe naturelle et du mépris de l’Etat américain qui a laissé les victimes de l’ouragan – noirs et pauvres – vivre dans des conditions immondes ? En plus, au vue de tout ce qui a été dit, il semble assez facile de comprendre que la situation économique d’Haïti a des origines anciennes, dans la violence du colonialisme, et qu’elle est entretenue aujourd’hui par l’ensemble des vautours qui se nourrissent de la misère du peuple haïtien.

Donc puisque beaucoup en sont friands, on peut rester sur le terrain des métaphores religieuses, mais en les utilisant de façon hautement plus pertinentes et plus justes : s’il y a une malédiction c’est bien celle du colonialisme. S’il faut nous exorciser de quelque chose, c’est de la mentalité coloniale que des siècles d’asservissement et d’estime de soi quotidiennement bafouée nous ont inculquée. Et surtout : le diable dans cette affaire n’est pas le vaudou, mais le colon européen d’hier et l’impérialiste euro-américain d’aujourd’hui, ou plus précisément leur système esclavagiste et colonial duquel naquit le capitalisme, véritable machine à fabriquer l’enrichissement des uns sur le dos des Autres. Il est donc inepte de passer son temps à s’inquiéter des pratiques religieuses qu’ont les Haïtiens, rien que parce que le colon esclavagiste qui a christianisé nos peuples nous a expliqué que l’une de leur pratique était diabolique, plutôt que de lutter, avec les Haïtiens, qui ne sont ni maudits ni soumis mais sur-exploités, contre la situation d’impérialisme économique que tous ces scandales cités précédemment révèlent. Bref, une décolonisation de nos grilles de lecture et schémas de pensée est urgente. (Edit). De même qu’une décolonisation des approches religieuses majoritaires (oui, cela est possible) car tel que les combats historiques de Martin Luther King ou des théologiens sud américains de la libération l’ont montré, la fonction des religions arrivées dans la violence n’est pas figées à jamais. (Lire absolument à ce propos cet article de Cases Rebelles). Il faut « simplement » s’attaquer  à ce que les pouvoirs qui les ont promues portent en eux de racisme, en particulier négrophobie. Ne voyez donc pas ici une attaque contre la religion évangélique en particulier et le christianisme en général, mais une attaque contre ce qu’il y a d’aliénant dans certaines de leurs versions dans la Caraïbes :  Ayiti pa tini pon Malédisyon, nétoyé kaka la yo mété an tèt annou souplé! 

Soutien, Réparations et Justice pour le

peuple Haïtien

2015. Source.

2015. Source.


1Je trouve souvent que le terme « aliénation » est utilisé de manière caricaturale et impropre. Par exemple on appelle souvent « aliénation » ce qui relève plus d’intérêts de classe : un dirigeant corrompu en Afrique qui choisit les intérêts de l’Occident n’est pas forcément « aliéné », il fait souvent simplement passer ses intérêts de bourgeois au détriment de ceux de son peuple . Mais il me semble que concernant le cas qui nous occupe, à savoir penser que les Haïtiens « méritent leur sort » parce qu’ils ont pratiqué le vaudou lors de leur Révolution me semble réellement relever de l’aliénation telle que pouvait l’employer Fanon.

2Ne croyez pas que mon faible investissement sur les questions religieuses signifie que je suis naïf sur les processus d’aliénation (ou de réorientation des priorités, ce qui n’est pas la même chose) qui en découlent pour les noirs, particulièrement en ce qui concerne le christianisme et l’islam. C’est juste que mon logiciel politique me fait dire que la domination religieuse découle de la domination économique et politique, et non l’inverse. Voilà pourquoi bien que conscients de ces processus – à décortiquer aussi en fonction de chaque contexte, car le christianisme ou l’islam ne se vivent pas sous les mêmes modalités partout – je me concentre sur une lutte anticoloniale politique et économique. C’est un vaste débat que je laisse pour une autre fois.

3Encore une fois, il ne faudrait pas voir en ceci quelque chose d’intrinsèque au christianisme en général, et à l’évangélisme en particulier, car, dans des exemples pris pêle-mêle et renvoyant à des histoires et logiques très différentes, on peut par exemple trouver des négrophobes arabes justifiant leur négrophobie par l’islam, des bouddhistes en Birmanie massacrant la minorité musulmane Rohingyas,  tous considérant toujours être du côté de la Vérité, du Bien etc. Mais si je m’arrête sur le christianisme ici, c’est parce que pour des raisons historiques évidentes vu l’histoire et la localisation d’Haïti, se sont surtout des chrétiens qui se plaisent à justifier « divinement » ce qu’ils voient comme un « châtiment » mérité pour ce pays  (mais je ne doute pas que d’autres aussi le pensent vu la diabolisation d’Haïti); et aussi parce qu’aujourd’hui le christianisme occupe une position dominante à l’échelle mondiale, pas seulement en terme de pratiquants mais de pouvoir politique.

4Sekou Touré, «Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage», Panafricain.tv, 2015. https://www.panafricain.tv/sekou-toure-nous-preferons-la-liberte-dans-la-pauvrete-a-la-richesse-dans-lesclavage/

5Kalidou Sy, « 26 mars 1984, disparition de Sékou Touré », Survie.org, 2014 http://survie.org/billets-d-afrique/2014/233-mars-2014/article/26-mars-1984-disparition-de-sekou-4673

6 « Aux origines de la misère haïtienne » http://www.lafauteadiderot.net/Aux-origines-de-la-misere

8 https://www.propublica.org/article/la-croix-rouge-haiti

9http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/08/19/l-onu-admet-sa-responsabilite-dans-l-epidemie-de-cholera-en-haiti_4985249_3244.html#igQ6dpFitBKihDji.99 domination, dr

(Edit) *A propos de Dinesh D’Souza : une camarade m’a interpellé sur ce personnage et m’a incité à me renseigner plus sur lui. Il a mené des enquêtes intéressantes sur le Parti Démocrate et en particulier les Clinton qui sont très révélatrices notamment dans l’extorsion d’Haïti comme on l’a vu, mais il s’agit d’un néo-conservateur qui, lorsqu’on le découvre à travers ces critiques-là seulement (sans connaître le reste de sa pensée) passe pour quelqu’un de gauche critique soucieux de lutter contre les magouilles. Mais il n’en est rien : sur le racisme par exemple, et en particulier la négrophobie vécue sur le sol américain il tient des positions à l’opposée de celles que je défendrai et il semble clair à la lumière de tout cela que sa critique des Clinton vis-à-vis de Haïti est moins inscrite dans une critique globale du néocolonialisme que dans une critique de ses adversaires politiques supposément plus magouilleurs que son propre camp. (c’est faux, vous vous en doutez).

22 mai 1848 : « une révolution, un acte de naissance du peuple Martiniquais »

Source : madjoumbev2.free.fr   puisant dans Histoire de la Martinique (tome 1) de Armand Nicolas.


La lutte des masses populaires [esclaves le 22 mai 1848] a joué un rôle décisif. Ce rôle, le gouverneur, lui-même , le reconnaît .
Dans son rapport au ministre , il justifie ainsi son arrêté d’abolition :

  • « C’était la seule planche de salut qui restât au pays , le seul moyen de sauver la ville de l’incendie et de la dévastation , la seule ressource pour la campagne où les propriétaires laissés sans défense seraient tous égorgés sans pitié si l’on ne prenait cette mesure…Personne ne regrettera plus que moi qui l’ai signé que la nécessité ait contraint à produire un pareil acte dans le siècle où nous sommes » [En clair, l’abolition de l’esclavage c’est surtout pour protéger les maîtres et le système économique…]

L’insurrection de mai est à tous points de vue une Révolution martiniquaise. Elle n’a pas été une révolte spontanée , anarchique , impévue . Elle est l’aboutissement d’un processus révolutionnaire : le point culminant des luttes de classes [esclaves contre maîtres] qui se sont développées dans la première moitié du XIXe siècle .

Révolution consciente , organisée .

La volonté nettement exprimée d’aller jusqu’au bout dans l’épreuve décisive pour imposer la liberté, la coordination et le caractère discipliné des actions le prouvent . Les autorités locales et divers observateurs le reconnaissent . Le gouverneur Rostoland , observant que les « désordres » ont éclaté presque partout en même temps , conclut à « l’existence d’une horrible trame qui , de longue main , a mis la Martinique à deux doigts de sa perte » . Et il ajoute : « Dés que les attroupements commencèrent à Saint-Pierre , des agents provocateurs furent remarqués dans touts les quartiers de l’île ».

Rendant compte d’une mission qu’il avait confiée au capitaine Faron , son chef d’état-major , il écrit :

  • « Le capitaine Faron me soumis cette remarque que sur tous les points où il s’était transporté dans la partie Nord de l’île , l’agitation paraissait avoir été déterminée par la même invitation . Sur diverses habitations , des Noirs d’ateliers lui avaient été endoctrinés à l’avance .Ceci , comme beaucoup d’autres faits , viendrait corroborrer l’opinion que j’ai émise….sur l’existence d’un complot ayant des ramifications sur tous les points de la colonie ».

Une véritable Révolution qui marque la fin d’une période historique , la fin d’un système économique et social ; Révolution parce qu’elle a concerné l’ensemble des classes de la société martiniquaise et provoqué des changements fondamentaux .

A la société esclavagiste , fondée sur la propriété de l’homme par l’homme , sur la domination économique et le pouvoir politique exclusif des maîtres d’esclaves blancs , va se substituer une société nouvelle de type capitaliste .

Certes les maîtres d’esclaves d’hier deviendront les propriétaires capitalistes des moyens de production et d’échange, et de ce fait continueront, sous d’autres formes, l’exploitation économique . Mais de nouvelles couches sociales se constitueront :les esclaves deviendront ouvriers , artisans , petits paysans .

L’abolition de l’esclavage , libérant les forces productives de toutes les entraves du vieux système et mettant à la disposition des capitalistes une main d’œuvre « libre » , créera les conditions pour « la révolution industrielle » et le développement du capitalisme à la Martinique . Après 1848 on assistera à la multiplication des usines centrales utilisant des machines modernes et employant une main d’oeuvre salariée . Un important prolétariat d’ouvriers agricoles salariés et les ouvriers de ces usines formeront une classe ouvrière nombreuse . Une petite paysannerie s’installera sur les terres plus ingrates des mornes .

D’autre part , la Révolution de mai 1848 contraindra le pouvoir colonial français à modifier ses formes et ses méthodes de domination.

 

Über die nicht-Homogenität der Trans*Kategorie, im Tod und in anderen Gewaltsformen

João Gabriell ist Afrokaribier und Trans*männlich. Auf seinem Blog schreibt er über koloniale Kontinuität und ihre Verschränkung mit Gender und Class, hegemoniale Strukturen (Homonationalismus und Femonationalismus) sowie über die materielle Unterdrückung, der die Nachfahren von kolonisierten Menschen ausgesetzt sind, vor allem die, die im Bezug auf Gender zu Minderheiten gehören (in erster Linie Trans*Menschen).

Sein Text erschien anlässlich des TDoR 2014 und wird 2016 in einer längeren Version im Band Decolonizing Sexualities bei Counterpress erscheinen.

Übersetzung: Laurence Schnitzler und Jayrôme C. Robinet

https://jayromeaufdeutsch.wordpress.com/2015/11/20/uber-die-nicht-homogenitat-der-transkategorie-im-tod-und-in-anderen-gewaltsformen/

http://maedchenmannschaft.net/ueber-die-nicht-homogenitaet-der-transkategorie-im-tod-und-in-anderen-gewaltsformen/

***

Jedes Jahr am 20. November ist TDoR (Transgender Day of Remembrance). Dabei geht es darum, Trans*Menschen zu gedenken, die im Laufe des Jahres umgebracht wurden. In Frankreich werden zu diesem Anlass Mobilisierungen in verschiedenen Städten organisiert.

Über trans*diskriminierende Morde: Wer stirbt wirklich?

Die nicht-Homogenität der Kategorie „Trans*“ ist vor allem bei trans*feindlichen Morden zu spüren. In Frankreich ist es schwieriger, die Zahl dieser Morde zu kennen, da es einerseits schwer ist zu wissen, wie viele trans*Menschen es überhaupt gibt, vor allem diejenigen, die nicht die französische Staatsangehörigkeit haben. Andererseits gibt es keine so genannten ethnischen Statistiken, die bemessen würden, inwiefern ethnische Herkunft oder ethnische Zuschreibung mit anderen Faktoren verschränkt sind, die die sozioökonomische Diskriminierung von Migrant*innen und PoC mit französischem Pass beeinflußt. In den USA dagegen gibt es mehrere Studien, die ermöglichen, das Phänomen zumindest teilweise zu verstehen.

So fallen in folgender Studie des National Coalition of Anti-Violence Programs(NCAVP), die im Jahr 2013 erschienen ist, zwei Ergebnisse auf:

  • Wenn wir den Blickwinkel des Geschlechts nehmen: 53% der Hassverbrechen an LSBT Menschen betrafen im Jahr 2012 Trans*Frauen.
  • Wenn wir den Blickwinkel der ethnischen Herkunft nehmen: 73% der Hassverbrechen an LSBT Menschen betrafen PoC, vor allem Schwarze, was im US-amerikanischen Kontext nicht verwunderlich ist.

Somit wird deutlich, dass Trans*Frauen und Queers und Trans* of Color am gefährdetesten sind – bis hin zum Tod. Aber wir können diese Schlussfolgerung noch weiter verfolgen. An der Schnittstelle dieser beiden Ergebnisse bildet sich eine Kategorie genauer heraus: Trans*Frauen of Color. Wenn 73% derjenigen, die umgebracht wurden, nicht weiß sind, liegt es einfach nur daran, dass die Mehrheit der 53% Trans*Frauen, die der Gewalt als Opfer gefallen sind, nicht-weiß war, und umgekehrt.

Das sind also insbesondere Trans*Frauen of Color, die unverhältnismäßig als Opfer der Morde gefallen sind – unverhältnismäßig vor allem, wenn wir bedenken, wie viele Trans*Frauen es überhaupt in der Gesamtbevölkerung und in der „LSBT“ Community gibt. Morde, die nicht nur einen trans*diskriminierenden Hintergrund haben, sonderneiner Verschränkung von Machtverhältnissen zugrunde liegt (Armut, Gewalt aufgrund der Kriminalisierung von Sexarbeit, Erfahrung von Obdachlosigkeit, Gefängnis, usw.). Mehrere Texte befassen sich hier und da mit der besonderen Situation von Schwarzen Trans*Frauen. In Frankreich geben Mobilisierungen von trans*Frauen, insbesondere Migrantinnen und/oder Sexarbeiterinnen sowie Vereine wie ACCEPTESS-T  Auskunft über die spezifische Gewalt, die Frauen of Color trifft. All dies zeigt deutlich, wie sinnlos die Abkürzung „LSBT » ist, welche auf sehr unterschiedliche – mitunter gegensätzliche – Situationen verweist (die Integration der einen erfolgt auf Kosten der anderen). Doch wir müssen feststellen, dass der Ausdruck „Trans*Person“ ebenfalls problematisch ist.

Auch problematisch ist die geringe Vertretung von PoC, vor allem Trans*Frauen of Color oder überhaupt von Trans*Frauen im Film oder in anderen Produktionen, die im Zuge der politischen Ereignisse rund um den T-DOR – oder in anderen Bezügen – sehr stark kritisiert wurden – wie hier auf dem Blog Un bruit de grelot. Nennenswert dieses Jahr sind einige Produktionen, in denen Trans*frauen – mitunter of Color – im Mittelpunkt stehen, und die sehr interessant zu sein scheinen. So beispielsweise das Buch von Lizzie Crowdagger Une autobiographie transexuelle avec des vampires, die in Straßburg präsentiert wurde, oder der Dokumentarfilm Yo Indocumentada (den ich nicht gesehen habe), der in Nizza gezeigt wurde. Ganz zu schweigen vom Film Transamerica, der in Marseille gezeigt wurde und als transdiskriminierend gilt.

Wie dem auch sei. Auf einem breiteren Skala dürfen wir die spezifische Verletzlichkeit von Trans*Frauen of Color einerseits nicht ausblenden (bzw. wir müssen darauf bestehen, dass sie nicht ausgeblendet wird) und wir müssen sie expliziter benennen, in der Art und Weise, wie Trans*Themen politisiert werden, oder generell Themen, die Trans*Frauen betreffen, wie z.B. Morde, das größere Risiko bezüglich HIV, sexuelle Gewalt, und die spezifische Verletzlichkeit von Trans*Männern of Color anderseits, im Bezug auf Polizeikontrolle, den fehlenden Zugang zum Arbeitsmarkt, usw. Mehrere Blogs von Trans*Frauen berichten darüber: La petite murène, die in ihrem letzten Post den T-DOR stark kritisiert, oder Sortir les couteaux, u.a. Auch ich habe mich damit befasst, sowie Douille, im Bezug auf die prekären Lebensverhältnisse und die unterschiedlichen Trans*Lebensläufe. Die Auseinandersetzung mit dem Thema existiert sehr wohl, aber die Resonanz dieser Analysen scheint bisher ziemlich begrenzt zu sein.

Leider ist es eher unwahrscheinlich, dass das Bewusstsein darüber bald in bestimmten Szenen in Frankreich ankommt, wenn wir sehen, wie vor kurzem einige weiße Bourgeois ohne Moral sich die Frage der Trans*diskriminierung angeeignet haben (und dies in angeblich „politischen“ Kreisen), ungeachtet jeglicher konkreter Analyse über die Verortung der einen und der anderen in den sozialen Machtverhältnissen, insbesondere was Ausbeutung betrifft … Und deswegen ist es wichtig, die Bündnisse, die auf dem queeren Markt eingegangen werden, zu überdenken und Alternativen zu schaffen, anstatt zu versuchen die Inklusion zu erreichen oder eine bessere „Repräsentation“ in französischen queeren Kreisen oder sogar in der Trans*Gay*Dyke-Szene, wo die meisten Trans*Menschen, die in der Mitte der Gesellschaft angekommen sind, weder Frauen noch of Color sind, d.h. nicht diejenigen sind, die strukturell am Prekärsten sind (besser: leben). Dies lässt über die Gründe nachdenken, warum die queeren Szenen, die sich eigentlich im Gegensatz zur Mainstream LSBT Szene konstruieren, nicht wirklich ein echter Widerstandsherd sein können (außer symbolisch), da die meisten Trans*Menschen, die strukturell unterdrückt werden, nicht da sind oder nicht bleiben oder durch eine Reihe von mehr oder weniger expliziten Prozessen marginalisiert werden.

Auf einer globaleren Ebene der Trans*Diskriminierung: Wer sind die „trans Männer »?

Genauso wie für trans*Frauen wird die Kategorie „trans*Mann“ auch durch Verhältnisse von Race und Class durchzogen (um nur diese Kategorien zu nennen). Und deswegen ist die Behauptung, wie ich sie schon mal gelesen oder gehört habe, dass trans*Männer „im Allgemeinen“ über Privilegien gegenüber Transfrauen „im Allgemeinen“ verfügen, im Grunde im Trans*Kontext die gleiche Scheiße ist, wie der cis weiße Feminismus seit über einem Jahrhundert sie macht. Und zwar, zu beschliessen, dass eine Frau an sich immer mehr unterdrückt und ausgebeutet ist als ein Typ, auch wenn die Frau Chefin ist, oder Führungskraft, und der Typ Schwarz ist und das Klo putzt, ohne Arbeitsvertrag, ohne Papiere, wie viele Migrant*innen …

Wenn also von männlichen Privilegien gesprochen wird, die bei der Transition erhalten werden, von wem wird dann gesprochen?

Und vor allen Dingen, wem gegenüber sind diese Privilegien denn wirkmächtig? Was kann das „passing“ jemanden verschaffen, der ein Mann of Color wird? Die Möglichkeit im öffentlichen Raum nun mehr racial profiling zu erleiden, nun, wo er als nicht weißer Mann gelesen wird, statt der sexistischen und rassistischen Belästigungen, die er ertragen musste, als er als Cis-Frau gelesen wurde?!

Noch mehr abgewiesen werden bei Vorstellungsgesprächen, da anstatt ihn für eine Person zu halten, die ihr Geschlecht anpasst, wie es bei einem Weißen der Fall wäre, bei einem Schwarzen oder Araber, dessen Ausweis oder Pass nicht mit seiner Identität übereinstimmt, dies sicher bedeutet, dass er keine Papiere hat? Ich muss zugeben, welch ein Glück!

Das „Passing“, welches für trans*Männer eher zugänglich ist, als für Trans*Frauen, unter anderem wegen engeren normativen Einschränkungen zur Konformität für Frauen (es ist noch „problematischer“ und „sichtbarer“ laut dieser Normen, eine große Frau zu sein, als ein kleiner Mann z.B.) ist kein Privileg wenn man eine Person of Color ist: Dieses Passing erlaubt dem Trans*Mann of Color nur ohne Gender – Zweideutigkeit , als der Mann of Color wahrgenommen zu werden. Das heißt als der potentielle Straftäter, Kriminelle, Dieb, Vergewaltiger, Terrorist, ohne Papiere abhängig davon wie wir aussehen, unseres Namens usw. Inwieweit ist es ein Privileg dieses „Passing“ zu haben? Schlimmer noch; es bedeutet ein Mann of Color zu sein aber mit noch mehr Problemen, da da wo Schwarze und Araber Cis Männer Ressourcen und Räume innerhalb der Community haben um die Gewalt abzufedern und von den Communities verteidigt zu werden, wir, Trans*Männer of Color, nichts von alledem haben.

Die unbequeme Position von Trans*Männern of Color kann also wie folgt zusammengefasst werden:

  • Wenn wir laut der herrschenden Normen kein „gutes Passing“ haben, werden wir Genderabweichungen zugeschrieben („maskuline Frauen“, „Lesben“, „Androgyne“, „Travestiten“ usw.), gepaart mit der bereits sichtbaren der ethnischen Zuschreibung, die einen* der Gewalt aussetzt.
  • Wenn wir, immer noch auf der Basis derselben Normen, ein „gutes Passing“ haben, werden wir der Position des Mannes of Color zugeschrieben, der Gewalt ausgesetzt ist aber mit weniger Ressourcen als Cis Männer of Color.

Es ist also im einen wie im anderen Fall klar, dass ein trans*Mann of Color sein keine Zonen von Unsichtbarkeit ermöglicht und somit potentieller Ruhe, in der Welt des weißen Patriachats. Auch wenn dies nicht nihilieren soll, dass trans*Frauen of Color mehr Gewalt – und unter anderem mörderischer Gewalt – ausgesetzt sind, so wird doch klar, wie sinnlos es ist von trans*Männern „generell“ zu sprechen, als wären es Menschen, die Räume von Unsichtbarkeit verhandeln können, wie weiße trans*Männer es können. Vor allem wenn sie nicht aus dem Proletariat kommen und in mehr oder weniger eingeschränkten Kontexten, je nach Fall, der „weiße Mann“ werden können, also derjenige, der von der Neutralität des Gender und Race Privilegs profitiert.

Eher als, wie im weißen cis Feminismus, zu entscheiden, dass ein Sprechakt eines Mannes of Color, besonders eines trans*Mannes, zwangsläufig ein dominanter Sprechakt – und damit ein x-ter Ausdruck der hegemonialen Maskulinität – ist, muss daran erinnert werden, dass soziale cissexistische Verhältnisse sich in einem patriarchalem, rassistischem und kapitalistischen Kontext einschreiben, wo Männer of Color tatsächlich nur von maskulinen Privilegien gegenüber Frauen ihrer Klasse/Race profitieren, in welchem Fall nicht geleugnet werden kann, dass sie Macht über sie haben. In einem Trans*Kontext ist es so, dass im Gegensatz zu Weiblichkeiten of Color, die Situation von Männlichkeiten of Color weit besser ist und es ist in diesem Kontext, dass Genderprivilegien offensichtlich greifen.

Zusätzlich kann die höhere Attraktivität selbst der weißen trans*Männlichkeiten, auf dem queeren Markt, angesprochen werden, die sich auf einer krassen Ablehnung der trans*Feminitäten basiert, auch der weißen.

Ich möchte jedoch anmerken, dass ich, was Rassismusprobleme angeht weit mehr Cis – Verbündete of Color hatte als weiße Trans*. Alles hängt von dem Kontext ab, indem der Platz der weißen Trans*Frauen, der Trans*Männer of Color und deren Verhältnis untereinander analysiert und dies ohne die besondere Position von Trans*Frauen of Color unsichtbar zu machen.

FAZIT: An eine reelle systemkritische Politik denken, ausgehend von einer Trans*Positionierung

Um reelle Politiken zu entwickeln, die die Lebensverhältnisse der prekärsten Trans* verbessern sollen, müssen also folgende Dinge beendet werden:

  • Der Ausdruck „Trans*Mensch“ der alles mögliche einschließen kann und anfällig ist für Instrumentalisierungen (oder der Begriff muss klar eingegrenzt werden können).
  • Die Idee von Kämpfen gegen Trans*Diskriminungen, die von materiellen Herausforderungen losgelöst sind und die, die Trans*Diskriminierungen wie eine Ignoranz auffasst, die durch Erziehung, ein gutes Image und mit Gesetzen wie gegen Rassismus, theoretisch Diskriminierungen verbieten würde (ohne dass das jemals etwas am systemischen Rassismus geändert)

1) Wenn wir über « Trans-Menschen » reden, blenden wir dabei aus, dass einige Menschen aus der Kategorie „Trans“ Privilegien haben und andere werden benachteiligt, oder sogar die Tatsache, dass einige aus der Kategorie « trans » ausbeuten und andere ausgebeutet werden. Es sieht so aus, als würde es reichen, sich als Trans* zu identifizieren, um sich auf magische Weise den sozialen Machtverhältnissen zu entziehen, von denen die einen oder anderen trans*Personen eigentlich profitieren können, manchmal sogar auf Kosten von anderen trans*Menschen. Es ist eine Bezeichnung, die all denjenigen, die nicht weiße TransMänner aus der Mittelschicht, Oberschicht oder Bourgoise sind, schadet. Dass der Begriff « Trans-Person » auch von trans*Frauen und Queers of Color verwendet wird, schliesst nicht aus, dass dieser Begriff uns schadet.

2) Wir müssen die trans*Thematik, genauso wie andere Thematiken (Frauen, nicht-Weißen, etc.) in Bezug auf die ungleiche Verteilung der sozioökonomischen Ressourcen und der Lebenschancen denken, nicht nur der Cis*Kategorie gegenüber, sondern auch unter Trans*Menschen selbst. Transphobie muss als eine der Komponenten betrachten werden, die gekoppelt mit anderen Komponenten, die Grenze zwischen denen ziehen, die besitzen oder eben enteignet werden, zwischen denen, die leben und die, die sterben werden, im Vergleich ja zu cis*Menschen, aber auch zu Trans*, weil, noch einmal, wir nie nur Trans* sind. In der Tat, abgesehen vom Trans*sein, gehören wir zu anderen Gruppen, als Unterdrücker_innen oder Unterdrückten, und die Entwicklungen dieser Gruppen einen Einfluss, positiv oder negativ, auf unsere Zukunft als Trans* haben. Wir dürfen auch nicht vergessen, dass wir in einer Welt leben, in der das Prinzip der ungleichen Verteilung von Ressourcen und Lebenschancen wirkmächtig bleibt, so dass die Bereicherung oder Verbesserung der Existenz einiger auf Kosten der Prekärisierung von Anderen erfolgt.

Von daher: Um die Formen eines politischen Protests aus  Trans*Perspektive und unter Berücksichtigung von Patriarchat, Rassismus und Kapitalismus herauszubilden, stellen wir uns einfach folgende Fragen:

  • Wer wird ärmer nach einer Transition?
  • Wer hat keinen Zugang zu Trans*Solidaritätsnetzwerken?
  • Wer hat Zugang zu diesen Netzwerken aber unter bestimmten Bedingungen (zum Beispiel: nicht zu viel auf Rassismus oder Sexismus hinzuweisen) und kann ausgeschlossen werden, wenn diese „Bedingungen » nicht eingehalten werden?
  • Wer wird entweder exotisiert und marginalisiert oder aus den Räumen von Trans* / queeren Geselligkeit und_oder Konsum ausgewiesen?
  • Wer kann es sich leisten, in großen, öffentlichen, voyeuristischen TV-Sendungen „ein gutes Bild von Transidentität“ zu geben?
  • Bei wem wirkt sich Trans*sein negativ auf den Zugang zum Arbeits- oder Wohnungsmarkt aus?
  • Wer kann nur innerhalb von „LSBT“ oder „queeren“ Communities einen Job finden und ist daher anfällig_er für die Ausbeutung, die innerhalb dieser Communities stattfindet?
  • Wer kann hingegen von der Entwicklung eines „LSBT“ oder „queeren“ Verbrauchermarktes finanziell profitieren?
  • Welche Trans*Personen können nicht einfach in die Apotheke gehen, um sich Hormone zu besorgen, und gehen daher mehr Risiken ein?
  • Wer muss betteln, um chirurgische Operationen zu bezahlen und kann daher explizit oder implizit dazu aufgefordert werden, bei  Leuten dankbar zu sein, die in « Polit-Kreisen » ökonomisch dominant sind?
  • Wer kann sich aussuchen, OPs im Ausland mit dem_r Operateur_in seiner_ihrer Träume zu machen?
  • Wer wird, egal was passiert, das Bild der gewaltvollen, aggressiven und gefährlichen Person  in « Polit-Kreisen » auf sich nehmen müssen?
  • Wer kann eine Transistion machen und dabei auf die Ursprungsfamilie verzichten, emotional und finanziell?
  • Wer darf nach der Transision nicht mehr ins Heimatland zurück?
  • Wer kann von einer Trans*Agenda die integrierend, rassistisch und in perfekter Wechselwirkung mit dem Neoliberalismus funktioniert, profitieren?
  • Für wen ist Personenstandsänderung = das Ende der Scheiße?
  • Für wen bedeutet eine Transition, auf dem Beziehungszirkus der angeblich alternativen, in Wirklichkeit aber ziemlich mondänen Szenen, begehrbarer zu sein?
  • Für wen bedeutet die relative Berücksichtigung der Trans*Thematik an Universitäten, auf Tagungen, Konferenzen, Seminaren, Zeitschriften usw. tatsächlich einen Fortschritt im persönlichen Leben?
  • Wer macht eine Transition, um « Gender zu dekonstruieren »?
  • Wer kann es sich leisten, im Namen des « Undoing Genders » – also der « Genderdekonstruktion » – « zu entscheiden« , kein « Passing » zu haben?
  • Wem bringt eine Transition mehr Gewalt im öffentlichen Raum mit sich?
  • Für wen bedeutet eine Transition, anfälliger für sexualisierte Gewalt zu werden?
  • Wer muss auf den Strich gehen, rauben und / oder Drogen verkaufen um zu leben?
  • Wer wird in überwiegend von weißen Menschen besetzten Häusern, marginalisiert und toleriert (nach dem Zufallsprinzip, solange die Person nicht zu viel auf Rassismus hinweist)?
  • Wer ist bei Trans*Märschen wie Existrans am meisten willkommen, diejenigen, die ausbeuten oder diejenigen, die ausgebeutet werden?
  • Wer wird auf der Straße leben?
  • Wer wird während einer Demo am meisten Probleme haben, wenn die Bullen entscheiden, Maßnahmen zu ergreifen?
  • Wer ist anfälliger für HIV?
  • Wer wird von der Idee profitieren, dass der Kampf gegen Trans*Feindlichkeit und  -Diskriminierungen darin besteht, die Liste der Verbrechen im Gesetz zu erweitern?
  • Wer kann bei der Polizei Unterstützung finden?
  • Wer profitiert von der Tatsache, dass die westlichen Staaten und die homo und trans* Mainstream Bewegungen den Kampf für die „Rechte sexueller Minderheiten und trans*Rechte » gegen Nicht-Weiße konstruieren?
  • Wer wird ins Gefängnis gehen?

Wer stirbt massiv, weil Trans*?