Abolition de l’esclavage et cérémonies officielles du 10 mai : entreprise idéologique de pacification

Ayant déjà pris le soin de produire des analyses bien plus longues en d’autres occasions, ici, faisons court. Simplement, rappelons ici que chaque célébration officielle du #10mai est l’occasion pour les représentants de l’État français de :

👉🏿 passer sous silence les raisons économiques qui ont motivé l’abolition de l’esclavage (la seconde, car il y en a eu deux en contexte français) et insister sur les motivations « humanistes»

👉🏿 taire l’une des modalités les plus scandaleuses de cette seconde abolition, à savoir l’indemnisation des esclavagistes

👉🏿 insister sur les débats parlementaires en Europe et moins, si ce n’est pas du tout, sur les révoltes d’esclaves 

👉🏿 neutraliser les volontés de redistribution des richesses, autrement appelées «réparations» en offrant une prétendue reconnaissance symbolique du crime

👉🏿 réaffirmer la « République» comme entité bienfaitrice et seul cadre au sein duquel nous pouvons penser et construire l’avenir de nos pays afrodescendants. 

👉🏿 présenter cette «abolition» (à laquelle on réduit pratiquement toute la longue histoire de l’esclavage) sous le signe d’une prétendue RUPTURE, alors que, telle qu’elle a été appliquée, elle a représenté une CONTINUITÉ de la domination coloniale et de l’exploitation des afrodescendants, mais sous la forme du travail dit «libre». Qu’est-ce que la liberté, quand il faut aller travailler chez ses anciens maîtres, sur les mêmes terres, et en pays toujours dominé ? 

Bref, le futur de nos pays et peuples éclatés des deux côtés de l’Atlantique sous l’effet des migrations de travail ou autres, doit s’écrire avec un regard lucide sur comment les hiérarchies de notre présent se sont historiquement construites, modifiées, mais pour pérenniser le même pouvoir colonial; et comment les « reconnaissances » étatiques d’aujourd’hui, bien loin de signifier des « avancées » , contribuent au contraire à obscurcir la compréhension, neutraliser les volontés de changement, bref pacifier les conflictualités entre exploiteur/exploité, colon/colonisé.

Faut-il donc renoncer à commémorer ? Non, mais posons-nous la question suivante : pourquoi devrions-nous commémorer AVEC le colon ? Il est clairement possible d’organiser des choses, et il y en a qui le font déjà, en dehors de ces mascarades officielles qui ne servent pas nos intérêts.

 

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