Refuser l’argument du contrôle au faciès comme « mal nécessaire vu le contexte des attentats »

Avec la multiplication des attentats, je vois sur les réseaux sociaux l’idée que « avec tout ça » faut pas s’étonner des contrôles au faciès; sous entendus les contrôles au faciès seraient une « réaction », légitime, à une menace. Sauf qu’il n’y a rien de plus faux. Les contrôles au faciès sont une norme, qu’importe le contexte, de la relation entre les flics et les mecs racisés des quartiers poplaires (lire l’enquête du CNRS, tapez « police et minorités visibles »).

Le fait que ces contrôles puissent s’intensifier par période au nom des attentats n’explique pas cependant pourquoi, indépendamment des attentats, les mecs racisés les subissent toute l’année. Donc non, les contrôles au faciès ne sont pas une « réaction légitime » après les attentats : ils ciblent les même populations, et cela toute l’année. Par ailleurs, ces contrôles au faciès ne sont pas apparus après le 11 septembre, ou après janvier 2015 avec charlie hebdo. Ils existaient bien avant (voir les travaux d’Emmanuel Blanchard, de Matthieu Rigouste, de Sidi Mohammd Barkat sur les dispositifs policiers contre les colonisés, devenus par la suite « les immigrés »).

Il y a des gens très sales, au pouvoir ou aspirant à y être, qui profitent du malheur des attentats pour légitimer cet arbitraire, qui encore une fois leur est antérieur, pour faire croire qu’il s’agit là d’une « réaction ». Un « mal nécessaire », « vu le contexte ». Mais non, non et non, gardons ça en tête: loin d’être une « réaction » aux attentats, les contrôles au faciès sont une norme produite par, auparavant l’Etat colonial, et aujourd’hui, l’Etat postcolonial, dans sa relation aux racisés considérés comme les « ennemis intérieurs ». Et oui, ces thèses sur « l’ennemi intérieur » datent de la colonisation, pas du contexte « post attentat »…

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source photo : 

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[Angleterre] L’histoire très politique du Carnaval de Notting Hill à Londres

Le Carnaval de Notting Hill a été créé au début des années 1960 par des caribéens dont Claudia Jones, Trinidadienne antiraciste, communiste, féministe et surtout révolutionnaire qui a fait de la prison aux Etats-Unis et fut par la suite exilée. C’est ainsi qu’elle se retrouva en Angleterre pour y poursuivre son militantisme.
Une première édition a été créée en 1959 et baptisée The Caribbean Carnival. C’est par la suite qu’est né officiellement le Notting Hill Carnival, ou Carnaval de Notting Hill. Le Carnaval a pris naissance dans un contexte de grosses tensions raciales après les révoltes de 1958 (un épisode sur lequel je reviendrai ultérieurement). La police, les autorités et les milices racistes voyaient d’un très mauvais oeil l’organisation d’un tel événement, par et pour les immigrés caribéens. Outre le racisme, on peut mentionner qu’il a pris naissance dans un contexte de pauvreté et de marginalisation sociale des quartiers populaires. Beaucoup des habitants de ces quartiers vivaient dans des appartements sans sanitaires, sans eau chaude, voire sans électricité.
Chaque année, il y avait des affrontements durant le carnval, dont un des plus violents en 1976. On peut véritablement parler de révoltes populaires cette année-là. Et ça ne s’est pas réellement calmé jusqu’au début des années 1990. Même si de temps à autres, il peut y avoir des pics de violences comme en 2000 où on compte deux morts, et où en 2007 on dénombre deux blessés par balle et 200 interpellations par la police. Il semble toutefois que l’opposition entre deux camps (immigrés caribéens face à la police et milice raciste) ne soit plus aussi claire qu’avant.
Aujourd’hui le carnaval est soutenu par les pouvoirs publics et présenté comme un symbole de la « diversité culturelle » de l’Angleterre. Loin de partager cet enthousiasme, je pense qu’il s’agit plutôt d’un effet de la dépolitisation depuis qu’il est financé par les pouvoirs publics et donc contraint de s’assagir dans son aspect contestataire.
Alors certes il n’y a plus vraiment de révoltes et de tensions raciales au sein du carnaval, mais les inégalités ont-elles vraiment disparues ?  Pas sûr, si on en croit les indicateurs et surtout les grosses révoltes des quartiers populaires qui ont mis Londres en feu en 2011

Bref voici donc un article de blog qui résume cette histoire et place à quelques photos qui remontent le fil du temps !

"The Caribbean Carnival" 1959. Source.

« The Caribbean Carnival » 1959. Source.

"The Caribbean Carnival". 1959. Source.

« The Caribbean Carnival ». 1959. Source.

1976 avant que ça vire avant que ne commencent les affrontements. Source.

Carnaval de Notting Hill, 1976,  avant que ne commencent les affrontements. Source.

Révoltes durant le Carnaval de 1976. Photo : Robert Golden. Source.

Révoltes, 1976. Source.

NOTTING HILL 1976: The scene in London's Notting Hill after West London's calypso carnival became a carnival of terror. Police fought running battles with young people as rioters went on an orgy of violence and destruction, smashing shop windows and attacking fleeing whites.

Idem. Source.

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Idem. Source.

Idem. Source.

Idem. 1976.

1979. Source.

1979. Source

 

1979. Source.

1979. Source.

1990. Source.

1990. Source.

Branche anglaise de la Nation Of Islam présente au carnaval pour distribuer leurs journaux, recruter etc. 1994. Source.

Branche anglaise de la Nation Of Islam présente au carnaval pour distribuer leurs journaux, recruter etc. 1994. Source.

 

1994. Source.

1994. Source.

2015. Source.

2015. Source.