Refuser l’argument du contrôle au faciès comme « mal nécessaire vu le contexte des attentats »

Avec la multiplication des attentats, je vois sur les réseaux sociaux l’idée que « avec tout ça » faut pas s’étonner des contrôles au faciès; sous entendus les contrôles au faciès seraient une « réaction », légitime, à une menace. Sauf qu’il n’y a rien de plus faux. Les contrôles au faciès sont une norme, qu’importe le contexte, de la relation entre les flics et les mecs racisés des quartiers poplaires (lire l’enquête du CNRS, tapez « police et minorités visibles »).

Le fait que ces contrôles puissent s’intensifier par période au nom des attentats n’explique pas cependant pourquoi, indépendamment des attentats, les mecs racisés les subissent toute l’année. Donc non, les contrôles au faciès ne sont pas une « réaction légitime » après les attentats : ils ciblent les même populations, et cela toute l’année. Par ailleurs, ces contrôles au faciès ne sont pas apparus après le 11 septembre, ou après janvier 2015 avec charlie hebdo. Ils existaient bien avant (voir les travaux d’Emmanuel Blanchard, de Matthieu Rigouste, de Sidi Mohammd Barkat sur les dispositifs policiers contre les colonisés, devenus par la suite « les immigrés »).

Il y a des gens très sales, au pouvoir ou aspirant à y être, qui profitent du malheur des attentats pour légitimer cet arbitraire, qui encore une fois leur est antérieur, pour faire croire qu’il s’agit là d’une « réaction ». Un « mal nécessaire », « vu le contexte ». Mais non, non et non, gardons ça en tête: loin d’être une « réaction » aux attentats, les contrôles au faciès sont une norme produite par, auparavant l’Etat colonial, et aujourd’hui, l’Etat postcolonial, dans sa relation aux racisés considérés comme les « ennemis intérieurs ». Et oui, ces thèses sur « l’ennemi intérieur » datent de la colonisation, pas du contexte « post attentat »…

9782707169150


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