Homonationalisme : distinguer ce qui relève de la posture et ce qui relève des faits

Il sera question dans cette réflexion d’aborder un des quelques biais(1) (2) français de la critique de l’homonationalisme, et non pas l’homonationalisme lui-même. Si je m’autorise à m’attarder sur la critique et non le phénomène critiqué c’est parce que j’ai de nombreuses fois pris le temps d’expliquer et de dénoncer, comme d’autres, cet homonationalisme. Ce dernier, pour le définir de façon succincte, est le dispositif hégémonique qui construit les nations occidentales comme des bastions du progressisme sexuel, le tout par opposition à un Sud global, et en particulier moyen oriental et africain, jugé particulièrement archaïque et barbare. Si ce processus s’exprime dans des variantes locales, il comporte une dimension impérialiste : c’est ainsi que des interventions militaires, ou des ingérences politiques sont justifiées par des nations occidentales au nom des « droits des homosexuels » (exemple : ingérence d’Obama à chacune de ses visites en Afrique).

Ainsi, criminaliser l’homosexualité rendrait, selon la rhétorique homonationaliste, légitime le fait de coloniser un pays, exploiter les richesses de son sol de même que sa population. Si le procédé sert des Etats et des intérêts capitalistes, des franges importantes des mouvements gay, lesbiens et de plus en plus trans y participent et refusent de questionner l’intérêt que portent des Etats impérialistes et capitalistes pour leur combat. Face à un phénomène d’une telle ampleur, dont la critique est très violemment discréditée par des accusations d’homophobie à l’emporte-pièce, sans aucune distinction, on peut comprendre qu’il paraisse nécessaire de se focaliser sur la dénonciation de ce processus et la construction d’une force politique qui s’y oppose. Toutefois, il est urgent dans nos analyses politiques de faire la différence entre la posture homonationaliste, progressiste, pro LGBT, que se donne la France, et les réalités réellement vécues par les minorités sexuelles de ce pays.

Négation ou minimisation des oppressions de genre et de sexualité en France

Il est par exemple impropre de laisser croire que la loi dite du « mariage pour tous » représente un privilège incroyable, alors que l’on sait pertinemment en tant que militants ou individus s’intéressant aux questions politiques, que les lois de principe ou accordant des droits n’ont jamais transformé en profondeur les rapports sociaux, qu’il s’agisse du racisme ou du sexisme, même si elles peuvent de manière limitée offrir quelques marges de manoeuvre. En effet, sans nier que cela ait pu apporter à des gens une certaine sécurité (notamment dans la consolidation administrative et économique de leurs familles, ce qui bien sûr n’est ni négligeable ni méprisable) la loi du mariage ne change strictement rien à la réalité de l’homophobie (et de la transphobie qui y est souvent liée), au travail, dans la rue, dans les administrations, dans l’accès au soins, à la prévention, avec la police etc. De même pour les trans cette fois, je pense qu’on peut affirmer sans craindre de se tromper, que les avancées concernant le changement d’état civil au niveau légal, ne vont pas sonner le glas de la transphobie, même si, cela peut ouvrir des possibles pour des personnes.

L’association Le Refuge a récemment déclaré avoir eu 474 demandes de placement de jeunes dits LGBT chassés de chez eux en 2015, et en 2016, alors que l’année n’est pas terminée, elle a déjà reçu 629 demandes, soit une augmentation de 32,7%. Et encore une fois, répétons-le, l’année n’est pas encore finie. On peut considérer qu’il ne s’agit pas là de la preuve d’une augmentation de jeunes chassés de chez eux, mais une augmentation des demandes auprès du Refuge, peut-être parce que l’association est de plus en plus connue. Quoiqu’il en soit, ces chiffres n’indiquent pas un recul, et c’est ce qu’il est important de montrer. Par ailleurs, loin d’avoir dit son dernier mot, l’organisation politique des blancs bourgeois réactionnaires, la Manif Pour Tous, a annoncé son retour pour le mois d’octobre. [Ajout : et n’oublions pas en particulier le collectif « Vigigender » né de la Manif Pour Tous qui arpente les écoles afin de distribuer des brochures férocement homophobes et transphobes]. Rappeler ces réalités n’affaiblit en rien, selon moi, la critique de l’homonationalisme, bien au contraire. De plus, de ma part, tous ces rappels sur le contexte homophobe (et transphobe) n’ont absolument pas vocation à minimiser la violence de la racialisation des questions sexuelles que j’ai d’ailleurs décrit assez longuement ailleurs.  La très probable élection à la présidence des Etats-Unis d’Hillary Clinton peut à cet égard constituer une accélération de ce processus, particulièrement dans sa dimension impérialiste. Et c’est bien avec tout ceci en tête que je propose ces réflexions. Il ne s’agit pas non plus pour moi de faire comme ceux qui refusent catégoriquement d’entendre que le pouvoir organise une concurrence des opprimés entre minorités sexuelles et groupes racisés (en particulier musulmans), au détriment principal de ces derniers, présentés comme les ennemis naturels des premiers. Il s’agit en revanche de questionner ce que coûte en terme d’analyses le fait de passer outre les oppressions de genre et sexualité persistantes, ou de les présenter comme « normales » en vertu du contexte actuel.

L’hostilité aux minorités de sexualité et de genre est-elle « normale » vu le contexte ?

L’homophobie et la transphobie dans ce contexte « post mariage pour tous » sont-elles des conséquences « normales » de ladite loi, cette dernière pouvant être vue comme une manœuvre politicienne du PS dans un contexte de crise ? Pour moi, il n’est pas du tout satisfaisant de se contenter de l’idée que si une situation empire pour des opprimés c’est parce que ces derniers se montrent plus,  revendiquent des droits et obtiennent certains d’entre eux (laissons de côté ici le débat sur les limites de l’égalité par le droit). Certes, c’est souvent vrai, la constitution en sujet politique de gens qui subissent une oppression dont ils pensent le caractère commun, déclenche effectivement un fort rejet social, mais serait-ce une raison pour raser les murs ? N’est-ce pas le lot de tous les opprimés que de faire face à une montée de haine quand ils osent sortir de terre et arrêtent de s’excuser d’exister, et ce, même lorsque leur combat ne fait pas l’objet d’une récupération par le pouvoir ? Faut-il considérer que c’est de la « faute » du groupe social en question s’il se prend un backlash depuis sa constitution en sujet politique ou après une avancée (qu’importe ce qu’on en pense en terme de stratégie ou de perspective politique) ? Ces raisonnements contribuent à valider l’idée selon laquelle les opprimés sont responsables de leur oppression, car s’ils évitaient de se montrer, ou de militer de telle façon, ou de s’identifier de telle façon, ça se passerait un peu mieux pour eux. Comme si le problème n’était pas l’oppression elle-même. Il n’est pas sûr que l’homophobe ou le transphobe, blanc ou non blanc, bourge, classe moyenne ou prol, fasse toujours la différence entre ce qui relève de la pratique ou de l’identité, dans sa variante occidentale moderne. Autrement, pourquoi avons-nous nous-mêmes des récits de violence de genre liés à nos comportements, à ce que les autres projetaient sur nos façons de faire, et selon eux, d’être,  parfois depuis la maternelle, le primaire, le collège, c’est à dire bien avant un quelconque sentiment d’identification aux termes  « homosexuel » , « queer », « LGBT » ?

Je n’ai pas de mal à concevoir que la loi a déclenché un regain de haine (pour des motifs différents selon les groupes sociaux, il est important de le préciser), et c’est d’ailleurs assez logique. Surtout en période de crise. Mais, se contenter de cela se révèle assez vite limité, car en effet si on parle de « regain de haine », c’est bien parce que l’homophobie existait avant la loi sur le mariage homo, et les gens – toutes classes sociales confondues, de l’homophobie de gauche à celle de droite –  n’ont pas non plus attendue ladite loi pour décréter qu’il existe un puissant lobby gay qui de manière sous-terraine cherche à prendre le pouvoir et à rendre tout le monde homosexuels. Il faut donc refuser l’idée que la croyance en un « privilège LGBT »  est uniquement ou en premier lieu la conséquence de l’obtention effective du mariage homo, dans une période où le gouvernement a choisi de privilégier les patrons et la marginalisation toujours plus grande des pauvres et des racisés. Si c’est sur des populations en particulier que les rancœurs se cristallisent, c’est bien parce qu’on estime qu’elles sont illégitimes en soi. Encore une fois, l’idée d’un lobby gay, de la crainte de « l’homosexualisation de la société » peut se trouver dans des images et textes d’archives depuis les années 60, pour ce qui est de la France. Bien avant qu’il y ait de fait une participation d’une frange des LGBT aux logiques nauséabondes du pouvoir, ou que de plus en plus d’images associent au fric une visibilité gay, blanche, masculine et commerciale.

Est-ce donc un problème de politiser des sujets qui découlent  de ce que la société – la française, celle dans laquelle nous vivons – avait déjà produit comme violence avant (laissons là encore de côté la discussion, entre minorités de genre et sexualité, sur les erreurs stratégiques, les perspectives et objectifs politiques pourris de telles ou telles franges) ? Et j’insiste, je n’universalise pas mon propos, je parle de la France, de ce qui est vécu en France, particulièrement par ceux des queers, pour aller vite, qui sont visibles :

  • les trans dans leur grande majorité (en particulier les femmes), car en effet changer de sexe social, modifier son apparence, cela se voit, et il n’est pas besoin de se reconnaître dans telle ou telle type de politisation pour vivre de fait de la transphobie
  • les personnes dont les « manières d’être », l’apparence, sont jugées non conformes et qui – peu importe leur sexualité réelle  – se voit assignées le stigmate de déviance
  • les personnes qui sont outées de force, ou qui pour X raisons sont connues comme homos et peuvent voir utiliser cette donnée contre eux notamment au travail (lire ce témoignage sur la manière dont le patronat peut utiliser l’homosexualité de prolétaires pour les isoler et empêcher une dynamique de contestation sur le lieu de travail).
  • les couples : le mariage, ou même le couple sans être marié, soit ce qui est vu comme l’accès à une forme de respectabilité ainsi qu’à des avantages économiques (rien de nouveau ceci dit, ils étaient déjà accessibles aux couples hétérosexuels) n’épargne pas de la violence des administrations, des voisins, des écoles s’il faut y inscrire un enfant, de l’univers médical etc…
  • les queers qui sont chassé.e.s de chez eux/elles

etc.

Par ailleurs, ces situations d’oppressions prennent encore la forme d’un partage inégalitaire des ressources économiques, les inégalités économiques entre hétérosexuels et homosexuels (d’une même classe sociale, point important à préciser) et entre cis et trans étant une réalité.

Il faut insister sur le fait que c’est cette visibilité qui en grande partie fonde l’oppression des minorités de genre et de sexualité dans ce pays, ou ailleurs dans les pays du Nord. Et vous l’aurez bien compris, ce que j’appelle visibilité va bien au-delà de ce à quoi on ressemble, même si c’est souvent important, mais comprend aussi l’ensemble des situations sociales qui révèlent qu’on n’est pas dans la norme hétérosexuelle cisgenre, et occasionnent donc un retour de bâton : discriminations à l’emploi et au logement, notamment. En effet, il existe peu de personnes qui veulent louer à des gens qui ont l’air un peu trop « transexuel » ou à un « couple de fiottes » si ces derniers n’ont pas le pouvoir de s’imposer par la force de leur porte-monnaie. Voilà pourquoi s’il n’est peut-être pas toujours possible de parler d’homophobie institutionnelle, on peut en tout cas parler d’homophobie structurelle ; la structure excédant les seules limites de l’Etat et de ses lois, et prenant en compte l’ensemble des mécanismes opérationnels dans la société contre tel ou tel groupe social. Et ces oppressions sexuelles et de genre structurelles n’ont ni eu besoin du mariage homo pour exister, et elles lui survivront comme l’attestent les exemples que j’ai cités plus haut. Par ailleurs, dans tous exemples que j’ai pris, il serait par exemple inepte de suggérer qu’il suffirait de se faire discret pour éviter le fameux retour de bâton, précisément parce que dans toutes ce situations ce n’est pas possible (à moins de suggérer qu’il ne faudrait pas transitionner ou être en couple ou famille non hétérosexuelle avant d’être dans un monde totalement égalitaire, sinon faudrait pas s’étonner si les gens prennent cela pour des provocations hein…)

De plus, le regain de haine post mariage pour tous ne peut pas être appréhendé comme quelque chose de « normal » au motif que le reste du peuple subit une offensive néo-libérale créant toujours plus de précarisation et de paupérisation, car les homos et trans font partie du peuple, et sont pour partie eux-mêmes affectés par cette régression socio-économique (à moins de considérer que ce sont tous des bourgeois blancs, ce qui nous amènerait à une autre discussion et disons-le à un autre problème). Considérer les homos et trans comme des entités extérieures à un pays, c’est à dire des groupes non concernés par la dégradation des conditions de vie d’un pays, c’est d’ailleurs une réaction en miroir de l’homonationalisme lui-même qui en prétendant justifier l’impérialisme ou des guerres, au nom (entre autres) de la défense des homosexuels, fait croire que les homosexuels du pays colonisé ou bombardé ne seront pas eux aussi affectés négativement par le colonialisme ou la guerre. En effet, déposséder un pays, le bombarder, c’est affecter tous ses habitants, qu’importe leur genre ou sexualité. Les bombes tuent des civils sans distinction entre eux. Preuve s’il en fallait que la rhétorique homonationaliste n’est rien d’autre qu’une façon de légitimer la domination de pays du Nord sur ceux du Sud. Bref, au Nord, comme au Sud, les homos et trans sont dans la société, et les non bourgeois parmi eux, subissent le poids de la violence néo libérale, et raciste le cas échéant.

Il y a aussi quelque chose d’agaçant dans le fait de sous-entendre que des opprimés, notamment minoritaires numériquement, ne devraient pas arracher (ou obtenir) une avancée (ou des miettes) avant l’abolition de l’exploitation et la fin de la pauvreté pour tous, parce qu’autrement « faudrait pas s’étonner ensuite si tout le monde les déteste ». Parce que dans ce cas-là c’est la minorité blanche bourgeoise, largement hétérosexuelle, qu’il faut détester, et pourtant c’est bien elle qui peut dormir sur ses deux oreilles. Donc lorsque des groupes concentrent sur eux les frustrations des autres, et en payent concrètement le prix, c’est à dire que la frustration s’incarnent dans des violences,  il faut certes l’analyser, comprendre le mécanisme qui l’explique, mais il n’est pas question de le minimiser ou de faire mine de le valider, parce que « bon faut comprendre  que » ceci cela. Autrement dit, on ne peut pas normaliser une oppression (si tant est qu’on considère qu’elle existe…), parce que le contexte politique serait mauvais, que les frustrations sont grandes etc. Et puis, que nous disent ces rancoeurs supposées légitimes « vu le contexte néo-libéral » quand des blancs bourgeois, notamment ceux de la Manif pour Tous ou du Printemps français les expriment eux-aussi ? C’est sûrement un rappel qu’entre la critique légitime des mouvements LGBT collabos du pouvoir et la critique des « déviants » pour ce qu’ils sont, la frontière est ténue, et qu’il n’est pas vain d’en avoir conscience quand on entreprend de s’attaquer à l’homonationalisme.

Conclusion

Pour une critique de l’homonationalisme qui évite tous ces biais, je pense que si on doit comprendre pourquoi pour quelqu’un qui ne passe pas son temps à décortiquer ces sujets, la croyance en « un privilège LGBT » existe, il faut accepter que les militants et les intellectuels ont en revanche des attentes plus lourdes qui pèsent sur eux. Ils doivent bien sûr identifier la stratégie de division et de concurrence entre opprimés qu’organise le pouvoir en se présentant, en période de crise et d’offensive politique islamophobe notamment, comme pro homo, et doivent aussi identifier les ressorts idéologiques et matériels sur lesquels cette division s’appuie et nommer explicitement contre qui en particulier elle se déploie (les musulmans d’abord, les racisés, les pays du Sud). Mais il est tout aussi urgent qu’ils prennent leurs responsabilités en :

  •  prenant notamment garde à ne pas construire comme le fait la rhétorique homonationaliste, les homosexuels (et trans) comme des sujets forcément non concernés par le désastre social actuel, et en
  • distinguant, en matière de progressisme autoproclamé, ce qui relève de la posture (rhétorique homonationaliste, droits très limités accordés), et ce qui relève des faits (marginalisation socio-économique d’une grande partie des supposés « privilégiés LGBT », stigmatisation toujours plus grande, offensive réactionnaire renouvelée etc).

Autrement dit, ne pas succomber à l’homonationalisme et à son mensonge fondateur (« nos minorités sexuelles sont libres, les vôtres sont opprimées ») tout en prétendant les combattre..


(1) Un autre biais français de la critique de l’homonationalisme est l’évacuation quasi systématique de la critique que les mouvements queer et trans, en particuliers non blancs, formulent eux-mêmes contre l’homonationalisme. On oublie même que le terme « homonationalisme » et la problématisation de cette question sont issus de la pensée académique et militante dénommée queer of color aux Etats-Unis. C’est ainsi qu’en France, la critique de l’homonationalisme – encore très marginale et très discréditée – ressemble à un dialogue entre homos blancs et antiracistes non affecté.e.s par les stigmates homophobes et transphobes. Cela se voit notamment dans les choix de citations des uns et d’autres. Bref, un remake contemporain du fameux « toutes les femmes sont blanches, tous les noirs sont des hommes », devenu « tous les queers sont blancs, tous les antiracistes sont socialement hétéros », qui n’a pas l’air de gêner grand monde. En effet, ces deux pôles ne sont pas en concurrence entre eux : les queers blancs veulent être les seuls parmi les queers à tenir le haut du pavé de cette critique, et les antiracistes socialement hétéros veulent être les seuls à tenir un discours non blanc contre l’homonationalisme. On comprend pourquoi ces deux groupes ont besoin d’ignorer les versions locales (et non états-uniennes par exemple) de la critique queer et trans non blanche à l’homonationalisme. Il faut aussi ajouter que l’absence d’une telle pensée dans l’Université française joue aussi un rôle dans ce choix dans la mesure où il y a, qu’on le veuille ou non, une circulation très académique et parisienne des idées, même dans le monde militant.

(2) On peut aussi citer le biais qui consiste à se concentrer sur les conditions de production des modes de vie gay, des identités sexuelles modernes, et moins sur le modèle sexuel général, comprenant aussi les modes de vies hétérosexuels (ou hétérosociaux) dominants ou des dominés, ce qui contribue, comme les réactionnaires, mais pour des raisons différentes évidemment et même sans en avoir l’intention, à faire des questions gay, LGBT, des « problèmes », ce qu’il faut décortiquer, dont il faut comprendre « l’apparition ». Cela ne fait que renforcer l’illégitimité de ces sujets et des personnes qui les incarnent. Et c’est peut-être là une question fondamentale qui piège les analyses dès le départ : la discussion sur l’impérialisme sexuel semble avoir pris son essor avec l’apparition de son versant gay et désormais LGBT. On nomme explicitement ces dimensions de l’impérialisme sexuel – « homonationalisme » – alors que les dimensions hétérosexuelles ne sont pas explicitement nommées (personne ne parle « d’hétéronationalisme »). Ce n’est évidemment pas sans conséquence, d’un point de vue analytique, comme politique.

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