Un exemple d’imaginaire raciste de gauche : l’émeutier de banlieue destructeur contre l’écolo alternatif et constructif

 

 

Cette image, je l’ai découverte via les réseaux sociaux. Elle tournerait sur des pages écolos/bios, de ce que j’ai pu lire. Verdict ? Elle pue le racisme et le mépris de classe. Une façon de nous expliquer une fois de plus que les révoltés non blancs des quartiers populaires (on sait bien qui ça vise et ce à quoi ces images renvoient) ne s’y prennent pas de la bonne façon : ce ne sont pas de « bons » révolutionnaires. Ou tout simplement de bons résistants à la violence du système capitaliste. De toutes les images de « violence » possibles – laissons ici la critique de la supposée « violence » qui ne mène à rien – c’est l’image des révoltés de banlieue qui leur est venue à l’esprit. Pourquoi pas celle d’agriculteurs en colère qui foutent le feu, balancent fruits et légumes comme cela a pu déjà se produire, ou encore celle de syndicalistes qui séquestrent leur patron ? Non, c’est l’image d’une banlieue en explosion qui leur sert de support pour dire que ce n’est pas ainsi qu’il faut résister. Pourtant c’est sur ceux qui sont censés mal s’y prendre que s’abat le contrôle policier permanent avec toutes les violences qui en découlent, et pas sur ces deux hippies fiers de s’être retirés de la société. D’ailleurs, peut-être doit-on s’interroger sur les conditions rendant possible une vie, ou des aspects de sa vie (supposément) en dehors du système ? C’est quand même pas donné à tout le monde il faut le dire.

Mais ce qui m’intéresse ici, c’est surtout les convergences entre les modalités de stigmatisation raciste de certaines gauches et celles de certaines droites (même les plus extrêmes). Voilà pourquoi je fais intervenir la seconde image faite par des jeunes du FN qui tournait il y a quelques années.

Saisissante ressemblance n’est-ce pas ? On retrouve le même binarisme : aux supposés sauvageons des quartiers populaires qui détruisent tout, on oppose le bon couple blanc qui vit dans la paix. Remarquez d’ailleurs que les deux couples ont des façons de poser très similaires (l’homme qui entoure de son bras protecteur sa compagne…). On choisit de montrer des photos des uns en pleine révolte, la nuit, sans voir leur visage, simplement comme des « meutes » enragées, et pour les autres, on montre des photos où on voit leur visage car ce sont des personnes bien distinctes ayant droit à l’individualité, l’humanité, et pour qui on peut donc ressentir de l’empathie. C’est d’ailleurs un classique des jeux d’oppositions racistes par les images (la série Homeland excelle dans ce registre) : foule non blanche, bruyante, désorganisée, sans individus se dégageant VS individus distincts blancs, qui ont une pensée etc. Bien évidemment, ces deux affiches n’ont pas le même objectif, et c’est justement ce qui est intéressant : des courants politiques qui s’opposent sur tout un ensemble de sujets, voire même sur quasiment tout, se rejoignent malgré tout dans le racisme et la construction des populations non blanches des quartiers populaires en révolte comme des dangers. Pour les premiers, côté gauche, ces populations sont des dangers pour la lutte. Pour les seconds, à droite, elles sont cette fois des dangers pour la nation. Cela rejoint quelque chose que j’avais déjà développé dans mon article avec les pancartes #LeRacismeDeGaucheCest.

Bien sûr, sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) il y a eu toutes sortes de personnes pour nier la dimension profondément racialisée de cette mise en opposition pour ce qui concerne l’image de gauche. Parmi ceux qui l’ont dénoncée, nous avons même été traités de « racistes » car c’est nous qui, comme toujours, l’aurions racialisée à force de « voir le racisme partout » nous dit-on. Il est intéressant de voir surgir à tous les coups cette accusation de racialiser le débat, comme si nous en avions le pouvoir. La société EST déjà racialisée, nous ne faisons que mettre les effets idéologiques et matériels de cette racialisation en lumière. Et n’en déplaise à tous ceux qui s’étouffent avec leur bonne conscience, ces effets traversent aussi les pensées et mouvements de gauche. Pour revenir à l’image en particulier, l’accusation de « racisme » envers ceux qui la critiquent reprend un stratagème d’une fourberie hélas bien connue de la rhétorique raciste de gauche : « c’est vous qui avez décidé que l’image du haut représente des non blancs, donc c’est vous qui supposez que tous les casseurs, émeutiers  [selon les mots de certains…] sont tous non blancsc’est donc vous les racistes« . Cela ressemble à d’autres types de propos tels que « c’est vous qui dites que la prison est remplie de noirs et d’arabes donc vous supposez que les noirs et les arabes sont plus portés à être des criminels ». Voyez-vous la fourberie ? Dénoncer les effets d’un système racialisé en focalisant sur les populations qui en paient particulièrement le prix, ferait de nous des « racistes ».

Sur la prison, que répondre ? Tout simplement que nous ne disons pas que les noirs et les arabes sont plus portés à être des criminels, mais qu’ils sont plus criminalisés que les hommes blancs, et que c’est cette sur-criminalisation, qui va des contrôles au faciès quotidiens jusqu’à une plus grande sévérité de la justice, qui produit les effectifs en prison. Pour ce qui est de l’image dont nous discutons ici, il faut être particulièrement hypocrite pour faire croire qu’une photo de révoltés de banlieue ne renvoie pas à un imaginaire déjà saturés de représentations racistes. Comme si une image pouvait s’analyser hors contexte. Comme si une telle photo était « neutre ». D’ailleurs, la ou les personnes qui ont fait le montage n’ont sûrement pas pris cette photo eux-mêmes. Qu’ont-ils alors tapé dans leur moteur de recherche pour tomber sur cette image ? Sûrement « émeutes de banlieue », ou quelque chose d’approchant. Et, allons donc plus loin, qu’est-ce qui leur a donné cette idée-là en particulier ? Qu’est-ce qui motive ce choix-là ? Je répète la question posée plus haut : de toutes les images de « violence » possibles pourquoi est-ce l’image de révoltés de banlieue qui leur est venue à l’esprit ? Pourquoi pas des agriculteurs en colère ou des syndicalistes qui séquestrent leur patron ? Qu’ils le veuillent ou non, c’est bien un imaginaire raciste parfaitement ancré dans toute la société française qui les a motivé à comparer la banlieue en feu et à sang à un décor paisible où s’épanouit un gentil couple blanc. Je ne m’arrête pas sur le fait qu’il s’agit ici d’un couple hétéro, même si l’hétéronormativité des postures déjà mentionnées est évidente –  car à n’en pas douter, des racistes de gauche versés dans l’homonationalisme finiront par nous pondre un jour une telle horreur en opposant cette fois les supposés sauvageons de banlieue à un gentil couple homo blanc. Cela va venir, wait and see.

Notons enfin que comme toujours le racisme de gauche se cherche des alibis non blancs : ici c’est la citation de Keny Arkana qui se retrouve au milieux d’imageries binaires, racistes, et qui est utilisée contre ceux-là mêmes qui partagent sa condition sociale de départ. Et puisqu’il y en a toujours pour faire semblant de ne pas comprendre, je précise que le problème n’est PAS Keny Arkana, mais la façon dont son propos est utilisé pour appuyer une mise en opposition pourrie et raciste de deux images.

Bref, cette image est aussi raciste que sa voisine de droite, et on s’en bat les reins de toutes vos tentatives de prouver le contraire 😎


ps : je m’attends à ce qu’une des objections soit « mais cette image ne représente rien, c’est pas une orga qui a fait ça » etc. Sauf que le propos qui ressort de l’image est quand même reconnaissable dans plein d’autres types de positions racistes de gauche. Ce n’en est qu’une énième illustration et n’a rien de marginal.

Mise à Jour : 16 juin 2017.

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Le fémonationalisme sous l’ère Macron : d’effrayantes perspectives sécuritaires et racistes au nom de la cause des femmes

Mercredi 17 mai 2017, dans l’émission spéciale de Nicolas Poincaré sur Europe Soir traitant de la nomination des nouveaux ministres du gouvernement, était invitée à s’exprimer Marlène Schiappa1. Cette dernière n’est autre que la nouvelle Secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes. Assurant que l’égalité hommes-femmes serait une « grand cause nationale du quinquennat d’Emmanuel Macron », Marlène Schiappa a fait part de quelques-unes des tâches qu’elle souhaite accomplir.

Outre une grande campagne de communication antisexiste et l’instauration d’un congé maternité unique, indépendamment du statut des femmes (salariées, entrepreneuses, etc), la nouvelle Secrétaire d’Etat a annoncé une mesure qui a de quoi inquiéter : l’instauration de policiers habilités à verbaliser les insultes sexistes dans l’espace public, s’inscrivant dans le projet plus large du nouveau Président d’introduire « 10 000 policiers de proximité ».

Avant même de songer à la verbalisation des insultes sexistes, cette déclaration a de quoi faire frémir tous ceux qui sont conscients que le renforcement des dispositifs policiers est annonciateur de plus de violences policières, et donc aussi de crimes policiers, en particulier contre les hommes arabes et noirs vivant dans les quartiers populaires. Car en effet, ce n’est certainement pas dans le 16e arrondissement parisien que les effectifs policiers seront gonflés. De plus, les contrôles au faciès étant déjà largement prouvés, ce ne sont certainement pas tous les hommes qui seront concernés par cette accentuation de l’activité policière.

« Et c’est parce que cette police est raciste et qu’elle vise les hommes de nos communautés que la population française majoritaire continue de la soutenir. Le racisme est donc ce qui permet de garantir l’impunité policière. Si demain la police allait défoncer les os des hommes blancs et de ceux de la classe moyenne, de moins en moins de gens la défendrait. »2

Et concernant précisément cette ambition de verbaliser les insultes sexistes – et donc plus largement le harcèlement sexiste – dans l’espace public, j’aimerais reprendre une analyse faite ultérieurement sur ce blog concernant les conditions de possibilité d’exercice du sexisme par les hommes en fonction de leur position de race/classe. Il devient évident, si on partage la grille de lecture qui va suivre, que ce projet sera directement tourné contre les hommes non blancs des quartiers populaires, et donc par extension contre les communautés non blanches, puisque cela aura aussi une incidence sur les femmes de ces groupes sociaux :

« […] ce qui change ce n’est pas la nature du sexisme, mais au moins deux choses : les conditions de possibilité d’exercice du sexisme et les perceptions/réactions des actes sexistes, variables dans les deux cas selon la position des hommes dont il est question. […] Un homme dominant a du pouvoir aussi bien sur son épouse, ses éventuelles soeurs, que sur d’autres femmes : celles qui lui sont subordonnées au travail, voire celles qu’il emploie si c’est lui le patron, celles à qui il enseigne s’il est prof, celles qu’il peut payer dans le cadre de la prostitution bien moins stigmatisée que celle de rue car pratiquée dans les beaux hôtels, celles qui sont peut-être mêmes employées chez lui (domestiques, nounous etc). Il sera moins enclin au harcèlement de rue qu’à celui qu’il peut effectuer dans tous les espaces où il a du pouvoir. Lorsque cet homme dominant harcèle/frappe/viole des femmes, cela peut être dans le cadre de toutes ces relations. Autrement dit, pas besoin de  « concentrer » cette violence sur son épouse, elle peut se déployer à souhait dans bon nombre de situations.

Un homme pauvre et/ou non blanc en revanche a surtout du pouvoir sur les femmes qu’il fréquente dans l’intimité (épouse, conjointe, sœurs), parce qu’il n’est le patron ou le supérieur de personne, que s’il a recours à la prostitution ce sera celle de rue où bien sûr il peut exercer une violence mais bien plus stigmatisée et criminalisable, et parce qu’enfin, il n’a évidemment aucune femme qui est employée chez lui. Dans ce contexte, l’essentiel de l’exercice du pouvoir masculin sera surtout sur les femmes à qui il est lié par le sang, le couple, ou à celle dans la rue (harcèlement de rue, prostituées).

Pensez-vous donc que la différence entre ces deux hommes relève d’un sexisme de nature différente dans chaque cas, ou s’explique comme je l’avance par des conditions de possibilité de l’exercer qui dépendent de leur pouvoir social respectif ? Pensez-vous que l’homme dominé exerce une violence surtout dans l’intimité et dans la rue, pour se « venger » de ses frustrations d’exploités et d’opprimés par le racisme, ou simplement parce que ce sont les seuls lieux où il peut l’exercer, contrairement à l’homme dominant qui peut la déployer dans tellement plus de contextes ? […] L’hypervisibilité du sexisme des hommes non blancs est à mettre en perspective avec l’invisibilité du sexisme des dominants.[…] à l’invisibilité du sexisme des hommes dominants, il faut rajouter l’impunité lorsque celui-ci est dévoilé au grand jour. Impunité qui n’existe pas pour l’homme dominé. Il ne s’agit évidemment pas de plaider pour une impunité pour tous les hommes, mais d’exiger une justice pour toutes les femmes, et pas un semblant de justice et de condamnation que lorsqu’elles agressées par des prolétaires et/ou des racisés. »3

Ce qu’il faut retenir de ce long extrait pour le cas qui nous occupe ici, c’est notamment la question de l’espace public : les hommes dominants n’occupent pas l’espace public de la même façon que les hommes dominés, ils ne fréquentent d’ailleurs globalement pas les mêmes lieux et ceux qu’ils fréquentent ne sont pas sous contrôle policier permanent comme le sont les quartiers populaires. Autrement dit, on a non seulement tendance à moins les voir, mais ils sont moins criminalisés, alors que les hommes dominés sont surexposés (ils sont notamment bien plus souvent au chômage, ils occupent plus souvent des métiers extérieurs comme dans le bâtiment etc) et c’est sur eux que se concentre l’activité policière. Un renforcement des effectifs policiers, avec certains d’entre eux qui seront habilités à verbaliser les violences sexistes dans l’espace public (et pas à la fac, pas à l’Assemblée nationale, pas dans un ministère, pas dans les cabinets d’avocats, pas dans les bureaux des conseils d’administration des entreprises, etc.), c’est donc le nom de code pour : renforcement du contrôle et de la criminalisation des hommes non blancs, et en particulier ceux des quartiers populaires. Il n’y a aucun doute à avoir là-dessus. 

Pour poursuivre l’analyse de l’extrait cité, qu’importe qu’un homme non blanc prolétaire analyse ses comportements sexistes par le prisme de ses frustrations, au vu de tout ce qu’il se mange comme violences de l’Etat raciste, nos analyses doivent se concentrer non pas sur sa subjectivité d’opprimé et d’exploité, mais sur les places que lui assigne le système. L’explication par la frustration n’est qu’une rationnalisation discursive de quelque chose qui renvoie à la condition systémique. De la même façon que les femmes, notamment celles qui n’ont pas les possibilités d’échapper à leur condition, rationnalisent leur situation (« m’occuper du ménage et rester à la maison ne me dérange pas, j’ai toujours aimé m’occuper des tâches ménagères » etc), parce que lorsqu’on n’a pas d’autres options, il faut bien vivre et se construire des justifications4, les hommes dominés (et leur entourage) rationnalisent aussi par le discours les contradictions de leur position d’opprimés-exploités pouvant à l’intérieur du foyer opprimer à leur tour. On peut donc comprendre le recours à cette explication dans la vie de tous les jours, mais une analyse politique a le devoir d’aller plus loin.

La nouvelle secrétaire d’Etat affirme que son projet s’explique notamment par le fait que la majorité des femmes ne veut pas porter plainte après des agressions sexuelles ou insultes sexistes, ce qui est une réalité5. Voilà pourquoi il est tragique que ce qui est un fait indéniable, à politiser avec les bonnes grilles de lecture, soit utilisé pour légitimer une entreprise sécuritaire dont l’application sera à coups sûrs raciste. Pour ne rien arranger comme toujours, dans les discours qui font face à ce féminisme d’Etat raciste, on peut malheureusement lire ou entendre que si les femmes ne portent pas plaintes, notamment celles des classes dominées socialement et racialement, ce serait par esprit de sacrifice. Or, là encore l’analyse politique demande de prendre du recul : les faibles dépôts de plainte s’expliquent parce que l’institution policière les refuse, tourne en dérision les agressions sexistes/sexuelles et fait vivre un calvaire à beaucoup des plaignantes6. Si justement on veut réellement penser l’Etat, et se confronter à lui, c’est cela qu’il faut mettre en cause, et non pas un supposé « esprit de sacrifice » ou de « solidarité » des femmes dominées avec les hommes dominés: la police est une institution d’Etat et c’est son fonctionnement qui décourage le dépôt de plainte. Il ne faut donc faire preuve d’aucune espèce de sympathie pour les analyses qui en viennent au final à détourner l’attention sur la dimension institutionnelle et étatique de la non possibilité de plaintes par les femmes dominées. L’idée de « sacrifice » et de « solidarité » est peut-être attrayante, mais elle ne fait que reprendre une fois de plus les modes de rationnalisation par le discours de quelque chose qui renvoie à une condition dans laquelle les individues sont prisonnières, et qui est le véritable problème. Et je ne pense pas qu’on combat la racialisation des questions de genre et sexualité, et que l’on se confronte à l’Etat en restant au niveau de la subjectivation par les opprimés, hommes comme femmes, de leur condition. Que l’on se comprenne bien, je ne crois pas en la police comme solution aux violences sexistes, mais s’il faut analyser la question des femmes, notamment opprimées racialement et exploitées, et du dépôt de plaintes, c’est la perspective que je défens. Pas pour espérer que la police « fasse mieux son travail », mais pour prouver une fois de plus à quelle point elle n’a pas la fonction de protéger les femmes.

C’est d’ailleurs, un de ces nombreux paradoxes montrant comment fémonationalisme et hétérosexisme fonctionnent main dans la main : des policiers seront habilités à verbaliser des insultes sexistes, alors même que le fonctionnement de leur institution décourage le dépôt de plaintes pour agressions sexuelles (et donc que très peu de viols sont jugés), et que les insultes sexistes, homophobes et les violences à caractères sexuelles sont une des modalités récurrentes de l’expression de la brutalité policière7.

Nous avons pu voir les féministes institutionnelles d’Osez Le Féminisme regretter sur les réseaux sociaux que contrairement à ses promesses de campagne, Emmanuel Macron n’ait pas créé un Ministère des droits des femmes, plein et entier, mais simplement un Secrétariat d’Etat. Depuis notre perspective en revanche, nous pouvons quelque part en être rassurés, vu ce qui nous attend déjà avec ce secrétariat d’Etat.

***

Ces perspectives effrayantes rappellent évidemment l’importance de lutter contre le fémonationalisme en particulier et le racisme en général. L’importance de tracer une frontière claire, aussi bien idéologiquement que politiquement, entre le féminisme qui se rendra complice de cette mesure et des conséquences qu’elle induira inévitablement, et celui qui aura le devoir de s’y opposer frontalement sans tergiverser. Mais cela rappelle aussi l’urgence de tracer une autre frontière : cette fois entre les analyses émancipatrices et celles réactionnaires du fémonationalisme à une époque de confusions sur lesquelles prospèrent un large éventail de populistes, et où parfois la différence entre des critiques émancipatrices et réactionnaires n’est pas toujours claire, même dans les camps se revendiquant de l’émancipation. Dans un tel contexte, la réapparition sur la scène politique d’un personnage tel que Dieudonné, qui y verra sans doute une aubaine, ne laisse rien présager de bon quant aux types de critiques qui vont fleurir contre ce projet sécuritaire et raciste qui se pare des habits de la lutte antisexiste.

Il faudra donc se faire entendre et s’organiser non seulement contre ce projet d’Etat, mais aussi clarifier, pour l’imposer, ce que peut être une approche politique émancipatrice de la lutte contre le fémonationalisme et l’Etat policier8.

Mise à jour : 19/05/2017


2«Contre les violences policières : justice pour nos frères, justice pour nos communautés, justice pour nous-mêmes » 

https://qtresistance.wordpress.com/2017/02/14/contre-les-violences-policieres-justice-pour-nos-freres-justice-pour-nos-communautes-justice-pour-nous-memes/

3Combattre la racialisation des questions de genre et de sexualité à la racine https://joaogabriell.com/2016/11/18/combattre-la-racialisation-des-questions-de-genre-et-de-sexualite-a-la-racine/

4Voilà pourquoi les discours individualistes et libéraux sur l’émancipation sont particulièrement violents, puisqu’ils supposent que tout le monde a accès aux mêmes possibilités d’échapper à sa condition, ce qui est bien loin d’être le cas.

6« J’ai porté plainte pour viol : pour les flics, c’était moi la coupable » https://www.streetpress.com/sujet/1488551838-plainte-viol-torture

– Lire également les témoignages et analyses sur le sujet sur la page Facebook « Paye ta policee » https://www.facebook.com/payetapolice/?fref=ts

7Nous pensons ici aux exemples récents tels que le viol de Théo Luhaka et les mises en lumières d’autres agressions sexuelles que la médiatisation de cette affaire a permis de mettre en lumière.

D’autres exemples illustrent également la dimension sexuelle des violences policières :

http://www.sudouest.fr/2017/05/13/video-un-etudiant-affirme-avoir-ete-agresse-par-deux-policiers-dans-le-val-d-oise-3443818-4697.php

https://www.streetpress.com/sujet/1495039540-commissariat-policier-eclate-gueule-pute

https://www.streetpress.com/sujet/1469120055-policiers-homophobes-place-republique

8Vous pouvez écouter ici la table ronde contre l’Etat policier organisée par la revue AssiégéEs le 8 avril dernier https://qtresistance.wordpress.com/2017/04/11/audio-table-ronde-sur-la-lutte-contre-letat-policier-samedi-8-avril-2017-itmtc2017/