8 Mars Afro-révolutionnaire (1) : ASSATA SHAKUR

Le principe est simple, je vais publier plusieurs extraits de discours de militant.e.s noir.e.s révolutionnaires, africain.e.s et afrodescendant.e.s, vivant en occident ou dans un pays colonisé (ce qui change sensiblement les approches sur la question). L’objectif est le suivant : réinscrire la discussion sur l’émancipation des femmes dans le contexte afro, et notamment avec l’impératif d’émancipation des peuples noirs, intrinsèquement liée elle aussi à l’abolition du système capitaliste. Rappeler que loin d’être « une préoccupation de blanc.he.s » les révolutionnaires noir.e.s ont toujours affronté cette question, quand bien même leurs réponses sont différentes voire s’opposent parfois. On commence ici avec Assata Shakur qu’il faut vraiment prendre le temps de lire et ne pas limiter à quelques citations qui parfois réduisent ou détournent son propos. On constatera notamment que si elle conçoit l’émancipation des femmes noires comme indissociable de la lutte contre le racisme et l’impérialisme américain, elle ne s’oppose pas, bien au contraire, à des notions comme la sororité entre femmes noires, aux moments d’entre soi de femmes noires, à lauto organisation politique entre femmes noires,  et elle s’exprime aussi explicitement contre l’idée que les femmes noires seraient responsables de l’oppression de leurs frères. Bonne lecture !


Je songe à mes soeurs dans le mouvement. Je me rappelle le temps où drapées dans des tenues africaines, nous accusions nos aïeules et nous-mêmes d’être des castratrices et les rejetions. Nous faisons pénitence pour avoir dépouillé nos frères de leur masculinité, comme si nous étions celles qui les avaient oppressés… […] Je me rappelle des cours d’histoire noire où les femmes n’apparaissaient pas et des posters de nos « dirigeants » où les femmes brillaient par leur absence. Nous rendions visite à nos soeurs qui devaient assumer la charge des enfants pendant que le Frère vaquait à ses occupations ou partait, appelé par des choses plus grandes et plus importantes.
Nous étions nombreuses à rejeter le mouvement des femmes blanches. Miss Ann restait Miss Ann même si elle brûlait son soutien-gorge. Nous ne pouvions pas éprouver de compassion pour le fait qu’elle était recluse dans sa maison et opprimée par son mari. Nous étions, et nous sommes toujours, enfermées dans une prison bien plus terrible. Nous savions que notre expérience de femmes noires était complètement différente de celle de nos soeurs du mouvement des femmes blanches. Et nous n’avions aucune envie de nous rendre dans quelque groupe de conscientisation avec des blanches et mettre notre âme à nu.
Les femmes ne peuvent être libres dans un pays qui ne l’est pas. Nous ne pouvons être libérées dans un pays où les institutions qui contrôlent nos vies sont oppressives. Nous ne pouvons pas être libres tant que nos hommes sont opprimés. Ou tant que le gouvernement amérikkkain et le capitalisme amérikkkain demeurent intacts.
Mais il est impératif pour notre lutte de construire un mouvement de femmes noires puissant. Il est impératif que nous, femmes noires, parlions des expériences qui nous ont façonnées. Que nous évaluions nos forces et nos faiblesses et définissions notre propre histoire. Il est impératif que nous discutions des manières positives d’instruire et de socialiser nos enfants.
[…]
Mes soeurs le peuple noir ne sera pas libre tant que les femmes noires ne participeront pas à tous les aspects de notre lutte, à tous les niveaux de notre lutte. […] Je veux simplement prendre un moment pour exprimer mon amour pour vous toutes qui risquez vos vies jour après jour en luttant ici en première ligne. […] Nous devons construire des unités familiales fortes, fondées sur l’amour et la lutte. Nous n’avons pas le temps de jouer.
[…]
Une femme révolutionnaire ne peut pas avoir un homme réactionnaire.
S’il ne se sent pas concerné par la libération, s’il ne se sent pas concerné par la lutte, s’il ne se sent pas concerné par la construction d’une nation noire forte, alors il ne se sent concerné par rien. […] Nous savons ce que signifie lutter avec amour. Nous savons ce qu’est l’unité. Nous savons ce qu’est la sororité. […]
Mes soeurs, nous devons prendre le contrôle de nos vies et de notre futur où que nous nous trouvions. Et nous devons nous organiser en formant un puissant corps de femmes afrikaines.
(p. 257-260)
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