22 mai 1848 : « une révolution, un acte de naissance du peuple Martiniquais »

Source : madjoumbev2.free.fr   puisant dans Histoire de la Martinique (tome 1) de Armand Nicolas.


La lutte des masses populaires [esclaves le 22 mai 1848] a joué un rôle décisif. Ce rôle, le gouverneur, lui-même , le reconnaît .
Dans son rapport au ministre , il justifie ainsi son arrêté d’abolition :

  • « C’était la seule planche de salut qui restât au pays , le seul moyen de sauver la ville de l’incendie et de la dévastation , la seule ressource pour la campagne où les propriétaires laissés sans défense seraient tous égorgés sans pitié si l’on ne prenait cette mesure…Personne ne regrettera plus que moi qui l’ai signé que la nécessité ait contraint à produire un pareil acte dans le siècle où nous sommes » [En clair, l’abolition de l’esclavage c’est surtout pour protéger les maîtres et le système économique…]

L’insurrection de mai est à tous points de vue une Révolution martiniquaise. Elle n’a pas été une révolte spontanée , anarchique , impévue . Elle est l’aboutissement d’un processus révolutionnaire : le point culminant des luttes de classes [esclaves contre maîtres] qui se sont développées dans la première moitié du XIXe siècle .

Révolution consciente , organisée .

La volonté nettement exprimée d’aller jusqu’au bout dans l’épreuve décisive pour imposer la liberté, la coordination et le caractère discipliné des actions le prouvent . Les autorités locales et divers observateurs le reconnaissent . Le gouverneur Rostoland , observant que les « désordres » ont éclaté presque partout en même temps , conclut à « l’existence d’une horrible trame qui , de longue main , a mis la Martinique à deux doigts de sa perte » . Et il ajoute : « Dés que les attroupements commencèrent à Saint-Pierre , des agents provocateurs furent remarqués dans touts les quartiers de l’île ».

Rendant compte d’une mission qu’il avait confiée au capitaine Faron , son chef d’état-major , il écrit :

  • « Le capitaine Faron me soumis cette remarque que sur tous les points où il s’était transporté dans la partie Nord de l’île , l’agitation paraissait avoir été déterminée par la même invitation . Sur diverses habitations , des Noirs d’ateliers lui avaient été endoctrinés à l’avance .Ceci , comme beaucoup d’autres faits , viendrait corroborrer l’opinion que j’ai émise….sur l’existence d’un complot ayant des ramifications sur tous les points de la colonie ».

Une véritable Révolution qui marque la fin d’une période historique , la fin d’un système économique et social ; Révolution parce qu’elle a concerné l’ensemble des classes de la société martiniquaise et provoqué des changements fondamentaux .

A la société esclavagiste , fondée sur la propriété de l’homme par l’homme , sur la domination économique et le pouvoir politique exclusif des maîtres d’esclaves blancs , va se substituer une société nouvelle de type capitaliste .

Certes les maîtres d’esclaves d’hier deviendront les propriétaires capitalistes des moyens de production et d’échange, et de ce fait continueront, sous d’autres formes, l’exploitation économique . Mais de nouvelles couches sociales se constitueront :les esclaves deviendront ouvriers , artisans , petits paysans .

L’abolition de l’esclavage , libérant les forces productives de toutes les entraves du vieux système et mettant à la disposition des capitalistes une main d’œuvre « libre » , créera les conditions pour « la révolution industrielle » et le développement du capitalisme à la Martinique . Après 1848 on assistera à la multiplication des usines centrales utilisant des machines modernes et employant une main d’oeuvre salariée . Un important prolétariat d’ouvriers agricoles salariés et les ouvriers de ces usines formeront une classe ouvrière nombreuse . Une petite paysannerie s’installera sur les terres plus ingrates des mornes .

D’autre part , la Révolution de mai 1848 contraindra le pouvoir colonial français à modifier ses formes et ses méthodes de domination.

 

Publicités

Les commentaires sont fermés.