De Saint-Denis à Argenteuil, la « censure » à légitimité variable

Ce mardi 20 octobre, Le Parisien a révélé qu’une exposition sur les luttes de l’immigration a été censurée par le maire d’Argenteuil, Georges Mothron. Ce dernier a exigé que soient retirés 4 des 21 panneaux relatant des épisodes de la répression à l’égard des populations issus de l’immigration post coloniale.

Avant d’aborder cette affaire qui ne fait pas grand bruit, malgré l’arbitraire dont elle rélève, il peut être intéressant de prendre le temps de la replacer dans un contexte national d’anxiété à propos de la « liberté d’expression », surtout après les attentats de Janvier 2015, célébrée pour ses vertues par comparaison à son opposée, la « censure » qu’il faudrait supposément combattre sous toutes ses formes et d’où qu’elles viennent.


Exhibit B et les mobilisations d’Afro-descendants

Au cours de l’automne et l’hiver 2014, une très vive polémique a opposé l’exposition de Brett Bailey, « Exhibit b », à des collectifs contre la négrophobie1 , ainsi qu’à des invididus et artistes engagés. Sans rentrer dans le détail des argumentaires très riches, de nombreuses prises de positions2 – par ailleurs non limitées à la France, l’exposition ayant voyagée – ont expliqué en quoi l’oeuvre de Brett Bailey posait problème. A elles s’ajoutaient une pétition ayant reçue 20 750 soutiens et des rassemblements de protestation3, notamment devant le Théâtre Gérard Philippe (TGP) à Saint-Denis où l’exposition était programmée.

Le mot d’ordre appelant à oeuvrer pour la déprogrammation de « Exhibit b » a suscité l’émoi d’un certain nombre d’artistes, ainsi que de la classe politique, et des mouvements de gauche et d’extrême gauche. Un mot a alors été brandi ici ou là pour marquer sa désapprobation : « censure ». On ne peut en aucun cas être pour la censure, ont-ils été nombreux à affirmer4.

Outre le caractère totalement mensonger de cette assertion – il s’agit très souvent des mêmes qui ont activement soutenu au début de l’année 2014 l’interdiction du spectacle d’un certain Dieudonné, prouvant qu’ils considèrent bien que parfois on peut, et même que l’on doit, censurer – notons également la malhonnêteté de certaines des comparaisons qui ont été faites entre les oppositions à Exhibit b et d’autres forces ou mouvements politiques :


« 
On censure allègrement, en France, ces derniers temps. En octobre, c’est Tree, de Paul McCarthy, qui était vandalisé par l’extrême droite. Deux semaines plus tard, la photo « Mère et fille », de Diane Ducruet, était retirée du Mois de la photo, le cliché, où l’on voit une mère « mordre » le visage de sa fille ayant été vu, par certains, comme une incitation à la pédophilie. Dans le cas de la pièce-installation du sud-africain Brett Bailey, « Exhibit B », qui brosse une fresque poignante du racisme anti-Noirs, depuis les temps de l’esclavage, ce sont des « anti-racistes » qui ont voulu la déprogrammer du programme du Théatre Gérard Philippe de St-Denis et du 104 à Paris. Sale temps pour les artistes » (Jean Scorza, sur le site du Courant Communiste Révolutionnaire).


« Voyez-vous une parenté entre ceux qui veulent interdire Exhibit B et ceux qui veulent interdire Castellucci ou Serrano ?

Oui, l’extrême gauche, pour des raisons différentes, se met à utiliser les mêmes moyens obscurantistes que l’extrême droite catholique. L’initiateur de la pétition dit qu’en tant qu’historien, il n’a pas besoin de voir l’œuvre. Il sait. Bams la compare à Mein Kampf. Le point commun avec la rhétorique d’extrême droite, c’est de dénier à l’art son statut de représentation, de l’assimiler à du discours littéral, voire à un programme politique, et de refuser d’en prendre connaissance par soi-même » (Agnès Tricoire, interrogée par Eric Loret pour Libération)


Les deux extraits sont limpides :  les opposants à Exhibit b auraient utilisés les mêmes méthodes que l’extrême droite. Bien qu’Agnès Tricoire signale dans la suite de son propos que dans le cas des Afro-descendants, l’usage de ces supposées mauvaises méthodes s’explique par un vécu réel de discriminations, on peut tout de même considérer qu’il est très problématique de comparer les mobilisations de forces politiques organisées d’extrême droite, enracinées depuis des siècles dans le paysage politique et détentrices selon les formations d’un capital économique conséquent, avec des regroupements hautement plus précaires et moins dotés en capitaux économiques que ceux des Afro-descendants en général, et en particulier dans les mobilisations contre Exhibit b.

Prenons par exemple le cas de la Manif Pour Tous à laquelle les manifestants contre Exhibit b ont été tout aussi malhonnêtement comparés. Créée en 2012 pour s’opposer à l’ouverture du mariage du mariage homosexuel, cette dernière a récolté 4,5 millions d’euros en 2013. Aucune association, aucun collectif contre la négrophobie, ou plus généralement aucune association ou aucun collectif issus de l’immigration ou des « DOM-TOM » ne peut prétendre a un tel capital économique et donc ne peut accéder au pouvoir qu’un tel capital induit. De par sa richesse, la Manif Pour Tous avait (et a encore) littéralement les moyens d’imposer un rapport de force conséquent. C’est ainsi qu’elle a par exemple pu faire reculer le gouvernement à propos de l’entrée dans les écoles des « ABCD » de l’égalité, ceux-ci ne correspondant pas à sa conception des normes de genre. On rappelera que jusqu’à aujourd’hui, les organisations antiracistes maghrébines et afro-descendantes, n’ont jamais pu imposer les récépissés pour limiter les contrôles au faciès, de même que le droit de vote des étrangers, deux promesses électorales de François Hollande. Qu’importe ce qu’on pense de tous ces sujets, de leur légitimité ou non dans la société française, qui a les moyens concrets d’imposer un rapport de force, allant jusqu’à faire reculer un gouvernement : l’extrême droite ou les Afro-descendants ? Peut-on donc parler de » méthodes similaires » entre extrême droite et Afro-descendants, lorsque les motifs, les moyens et la légitimité pour les mettre en oeuvre sont si inégaux ?

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Manifestations contre Exhibit b devant le TGP à Saint-Denis. ©Léia Santacroce

Argentueil et l’exposition sur l’immigration de l’AMTF

Revenons donc à la récente affaire révélée par Le Parisien. L’ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France) s’est vue contrainte de retirer, sur ordre du Maire en place, 4 des 21 panneaux de l’exposition nommée « Ceux qui marchent encore… » qui devait avoir lieu à l’Hôtel de ville d’Argenteuil. Cette exposition qui venait fêter les 30 ans de l’association et entendait raviver un pan des luttes de l’immigration post coloniale ouvrière, avait pourtant été installée sans incident à déplorer dans la médiathèque de la ville une semaine avant.

Concernant l’installation à la Mairie, plutôt que d’offrir au public une exposition dont le contenu aurait été en partie censuré, Mohamed Nemri, président de l’association, a décidé de tout annuler : « soit on peut tout laisser, soit on enlève tout. Il est hors de question d’amputer l’exposition » a-t-il déclaré selon Le Parisien. Les 4 tableaux mis en cause par le Maire, toujours selon Le Parisien, renvoient à quatre périodes précises :

  • « Les ratonnades de bienvenue (1971-1973) » évoque ainsi les violences contre les immigrés, notamment à Marseille en 1973.
  • « Les noirs au four, les arabes à la Seine » parle des affrontements à l’usine Talbot de Poissy en 1984
  • « Pasqua dégaine, Tonton ramasse la mise » revient sur les lois sur l’immigration de 1986
  • « Racket d’un quartier en toute impunité » raconte l’épopée de la copropriété du Petit Bard à Montpellier. » (Anne Collin pour Le Parisien)

Tel que vous pouvez donc le constater, les 4 panneaux censurés par le Maire faisaient état des violences et répressions racistes, aussi bien populaires qu’institutionnelles, subies par les immigrés durant les années 1970 et 1980. C’est une histoire dont la mémoire a du mal à se transmettre, à la fois parce qu’elle fait rarement l’objet de productions gros budget, dans la mesure où elle vient ternir le roman national, et aussi parce que l’antiracisme institutionnel incarné notamment par SOS racisme a oeuvré à réécrire l’histoire des luttes de l’immigration en y occultant les résistances autonomes, bien loin des instances de pouvoir.

Du côté de la mairie, ces panneaux sont jugés « stigmatisants » et innappropriés « dans le climat actuel ». Qui peut donc se sentir « stigmatisé » par la mise en mémoire des résistances au racisme ?

Rappelons que c’est au nom de l’histoire et de l’antiracisme qu’Exhibit b a été justifiée et défendue. Il ne s’agit pas ici de rapprocher en tous points le contenu et le contexte de parution d’Exhibit b de celui de l’exposition de l’association ATMF, ceux-ci étant forts différents. Exhibit b est une grosse production, qui rapporte argent et renommée à celui qui en est l’auteur, et qui voyage à l’international. L’exposition de l’ATMF est quant à elle l’oeuvre d’une petite association (« petite » par son poids politique, non pas par sa valeur), qui s’attaque moins à l’histoire du colonialisme en général, qu’à celle plus précise des luttes de l’immigration en France. Pas sûr que ses auteurs y gagnent argent ou renommée. Il y a donc bien des différences fondamentales entre les deux oeuvres.

Ce qui est plutôt intéressant, c’est de voir qu’elles entendent toutes deux combattre le racisme en se replongeant pour cela dans des épisodes de l’histoire. Si Brett Bailey a choisit la mise en scène de la déshumanisation des corps africains noirs, pour selon ses dires en faire la critique, mais sans représenter le sujet européen qui déshumanisait et qui en a tiré profit sur un plan économique – l’esclavage et la colonisation étant des régimes racistes d’exploitation –  l’ATMF comptait non pas étaler la déshumanisation des immigrés, mais exposer leurs luttes. Certes dans un contexte de racisme subi, mais où la passivité n’a jamais été à l’ordre du jour. En ce sens, l’exposition de l’ATMF allait vraisemblablement renverser la perspective en ne donnant plus le colonisé déshumanisé en spectacle, mais bien l’Etat, ses institutions et une frange de sa population, auxquels les immigrés ont résisté. Les immigrés deviennent sujets et non plus objets de la répresentation. Le sentiment n’est donc plus la compassion envers le colonisé, puisque celui-ci lutte, et démontre sa capacité d’agir. Cette narration-là impose le respect du colonisé, de l’immigré.

Et c’est peut-être en cela que le Maire d’Argenteuil a perçu de la « stigmatisation ». Ce n’était pas le colonisé dont on allait admirer le corps enchainé ou maltraité. C’est l’Etat, à travers ses institutions, et la France majoritaire, à travers sa population, qui serait donnée en spectacle, et c’est cette mémoire-là que beaucoup refusent d’affronter.

Il ne s’agit pas de dire que l’ATMF avait une volonté offensive avec cette exposition, au contraire. Ici, cela n’engage que moi, j’émets une hypothèse sur la manière dont, malgré les intentions pacificiques et citoyennes de l’ATMF, le simple fait de montrer l’histoire de France pour ce qu’elle est, notamment dans son rapport aux immigrés postcoloniaux, revêt déjà un caractère subversif aux yeux d’une Mairie.

Au coeur de l’opposition entre liberté d’expression et censure : la légitimité ou non d’exister comme sujet politique

Généralement le sens qui est donné à une oeuvre, une production, suit l’opposition binaire suivante : elle est artistique donc intouchable ou alors politique donc censurable. Non seulement il s’agit là d’une dichotomie caricaturale car l’art est politique, le problème reste alors de savoir qui a la légitimité de trancher dans l’un ou l’autre sens ? (souvenons-nous tout de même, encore une fois, qu’il s’agit d’une opposition farfelue). En réalité, l’enjeu est moins de savoir ce qui relève de « l’art » ou du « politique » que de savoir quelle fonction politique peut remplir une oeuvre d’art : le maintien d’un ordre social dominant ou sa critique (entre autres) ? Et c’est selon comment les classes dominantes ou dominées répondent à cette question qu’elles décident ou non de soutenir l’oeuvre. Bien qu’il ne puisse s’y réduire, l’art est donc une des expressions de la lutte entre les différentes classes sociales, entre oppresseurs et opprimés, et la lutte pour soutenir ou combattre une oeuvre d’art, c’est la lutte pour soutenir ou combattre une vision du monde et un système. 

Reprenons la comparaison malhonnête qui a été faite entre les manifestants contre Exhibit b et l’extrême droite, et notamment la Manif Pour Tous. Tout en étant critiquée pour son conservatisme par une partie de la population, la Manif Pour Tous est de fait perçue comme légitime à participer au débat politique, dans la mesure où elle représente, aussi bien dans l’imaginaire que dans la réalité, une France « blanche et chrétienne ». Dit autrement, elle représente les « vrais français ». Réactionnaires peut-être, mais vrais français tout de même. Qu’importe leurs fréquentes gérémiades sur le sujet (« on nous censure » etc), on ne peut que constater que les apparitions médiatiques de la Manif Pour Tous ont été bien plus avantageuses, moins discrédiées – tout en étant fortement critiquées par leurs opposants – que ça ne l’est en général pour n’importe quelle personnalité politique, médiatique, ou intellectuelle qui n’est pas issue de cette France « blanche et chrétienne ». Leurs idées sont critiquées, combattues, mais pas leur présence en elle-même sur la scène politique comme en atteste leur invitation à l’Elysée, ou les nombreuses rencontres qu’ils organisent sans qu’il n’y ait de pétitions interdisant leurs venues. Les mêmes positions défendues par Farida Belghoul – qu’importe, là encore, ce que l’on pense d’elle ou de ses idées – ont relancé des débats sur « l’intégration », autrement dit, sur la légitimité de ceux qui n’appartiennent pas à la nation car « issus de  » et non « de Souche », d’avoir le droit de l’ouvrir, pour le dire grossièrement, sur les questions relatives aux normes sociales.

Dans le même sens, et quand bien même les sujets et objectifs étaient radicalement opposés, on ne peut manquer de voir que ce qui a été critiqué dans les mobilisations d’Afrodescendants contre Exhibit b était moins la censure revendiquée par la demande de déprogrammation de l’exposition, que la simple irruption sur la scène politique d’une parole Afro-descendante autonome, ne servant l’intérêt d’aucune des formations de gauche ou d’extrême gauche, mais bien son propre intérêt à elle. Autrement dit, là encore, la levée de boucliers contre les mobilisations d’Afro-descendants sous-tendait les questions suivantes : de quelle légitimité pouvez-vous prétendre pour avoir le droit de censurer ? Car encore une fois, ce n’est pas la censure en soi qui était critiquée et considérée comme réellement intouchable, puisque la censure est parfois défendue.

En réalité, la censure est pratiquée, et très fréquemment. C’est même un ordre social. La censure est d’abord systémique : la position socio-économique subalterne d’une majorité d’Afro-descendants, les discriminations à l’emploi, le refus d’accorder des subventions et de financer des projets qualifiés de « communautaristes » car ne cadrant pas avec la volonté assimilationiste française (« mettez de côté vos cultures – sauf si caricaturées – ou rentrez chez vous! »), sont autant de raisons qui expliquent l’exclusion de fait des Afro-descendants aussi bien dans la production que dans la représentation artistiques et culturelles. Cela a été rappelé dans une tribune d’Afroféministes concernant la récente affaire « BET france ». Cela remet à l’ordre du jour l’urgence de la lutte pour l’appropriation des moyens de productions, si ce n’est en général, au moins pour commencer, dans les domaines artistiques et culturels. La critique ne peut s’arrêter aux représentations, les dimensions socio-économiques étant fondamentales. Plus d’Afro-descendants à la production, à l’écran ou sur scène ne garantit pas automatiquement une rupture avec les différents schémas coloniaux qui imprègnent nos imaginaires, puisque nous pouvons nous-mêmes les véhiculer à notre insu, mais cela en ouvre au moins la possibilité. Cette forme de censure systémique ne s’exprime pas par le biais de manifestants en colère, comme ce fut le cas pour Exhibit b : elle est inscrite dans les mécanismes de reproduction sociale de la société française.

On comprend dès lors que la « censure en général », ça n’existe pas. Il y a la censure du haut, et la censure du bas (si on peut appeler ça « censure » dans le second cas, d’ailleurs ?). Sans partir du principe essentialiste que toutes celles qui viennent du bas sont forcément pertinentes, on ne peut pas non plus manquer de voir qu’elles sont systématiquement discréditées, voire réprimées. Est-ce un hasard si des manifestants contre Exhibit b se retrouvent devant les tribunaux5, alors qu’il est peu probable que ceux qui censurent depuis leur poste de pouvoir aient à faire face à une quelconque procédure judiciaire ?

Affiche de soutien aux manifestants contre Exhibit bpoursuivis en justice

Affiche de soutien aux manifestants contre Exhibit b poursuivis en justice

Ce qui était et est donc en jeu, c’est bien la légitimité pour les classes dominées, et ici, les Afro-descendants, d’avoir non seulement voix au chapître sur la scène politique, autrement que comme « ami(e)s noir(e)s » des racistes de droite, bonne conscience du paternalisme (raciste) de gauche, et variables d’ajustements de chaque élection afin d’obtenir nos voix, mais aussi de s’opposer à une représentation qui va dans le sens de l’imaginaire colonial toujours présent et sur lequel les pouvoirs successifs s’appuient pour justifier, entre autres, leur ingérence militaire, politique et économique en Afrique. (On aurait tort d’en rester à la dimension symbolique de l’imaginaire raciste. Il a une fonction économique : justifier l’exploitation de ceux qui sont déshumanisés).

C’est en ce sens qu’il s’est passé quelque chose de politiquement très fort avec les mobilisations contre Exhibit b (et celles liées à BET France) : au contraire de l’attitude victimaire, que nous prêtent tous ceux qui croient dans le mythe d’une dignité qui s’acquiert par le silence et l’acceptation d’une condition inégalitaire, il s’agissait pour les Afro-descendants de s’affirmer une nouvelle fois comme des sujets politiques légitimes dans la scène politique et médiatique.

Et c’est cette légitimité, cette même affirmation comme sujet politique que le maire d’Argenteuil a refusé à l’ATMF, et par extansion à tous les immigrés et leurs descendants. Cela correspond aussi bien à une forme de contestation de la prétention du groupe social que représente l’ATMF à exister politiquement, qu’à une contestation du contenu, à savoir ici la mémoire de ses luttes contre l’expression d’une France et d’un pouvoir racistes.

Mais pour finir, imaginons qu’à l’instar du Maire d’Argenteuil, un maire Afro-descendant ou d’origine maghrébine décidait cette fois de censurer certains panneaux d’une exposition sur Mai 68 ou sur l’histoire des luttes féministes ou homosexuelles en France, à savoir des expositions sur des questions pour lesquelles les Afro-descendants et les Maghrébins sont présumés « moins ouverts » que « les Français » ( à entendre les « blancs »), malgré le contre exemple flagrant de la Manif Pour Tous, très blanche, très bourgeoise, très catholique. Que n’aurions-nous pas entendu ? Le ton de la condamnation aurait fortement contrasté avec celui très sobre employé dans le Parisien pour relater la censure actuelle à Argenteuil. D’ailleurs, Le Parisien n’aurait sûrement pas été le seul grand journal à en parler. Les formules grandiloquantes seraient utilisées à profusion :

« La République recule sur ses valeurs ! « 

« L’action du maire X reflète le malaise des citoyens isssus de la diversité sur les valeurs progressistes « 

« Quand la morale fait la loi dans la Marie de X »

« Les réactionnaires défient la République »

« La liberté d’expression une nouvelle fois en danger »

« Obscurantisme à la Mairie X »

« Plus que jamais réaffirmons la laïcité ! ».

Bref, vous m’avez compris. N’est pas légitime à censurer qui veut.


2Parmi les nombreuses productions voici quelques textes qui ont beaucoup circulé à l’époque, notamment sur les réseaux sociaux :
Mrs Roots et Po Lomami « Le racisme s’invite au musée » (octobre 2014) https://mrsroots.wordpress.com/2014/10/14/boycotthumanzoo-i-le-racisme-sinvite-au-musee/
Mrs Roots et Po Lomami « A la culture de notre servitude » (novembre 2014) https://equimauves.wordpress.com/2014/11/02/boycotthumanzoo-ii-a-la-culture-de-notre-servitude/
Amandine Gay « Exhibit b » : oui un spectacle qui se veut antiraciste peut être raciste (novembre 2014)
http://www.slate.fr/story/95219/exhibit-b-raciste

3Court reportage par Amandine Gay https://www.youtube.com/watch?v=VetMWHWKDqI

4Au choix, on peut citer les textes de Jean Bellorini et José-Manuel Gonçalvès, « Exhibit b : le débat oui, la censure, non! » http://www.theatregerardphilipe.com/cdn/exhibit-b-le-debat-oui-la-censure-non-exhibit-b
Un communiqué du NPA http://www.npa-saintdenis.org/2014/12/communique-du-npa-saint-denis-a-propos-de-lexposition-exhibit-b/

5Une page facebook de soutien a été créée https://www.facebook.com/events/740853509327263/

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