L’islamophobie est un racisme, même si les musulmans ne sont pas une « race »

Ce texte est issu d’un post facebook initialement publié le 16 mars.


Petit rappel aux gens de gauche et d’extrême gauche dans ce contexte de tragédie suprématiste blanche (prenant ici une forme extrême droitière, mais la simple persistance de l’impérialisme occidental est violence en soi et en continu) : tous ceux qui minimisent l’islamophobie par le simple fait de s’acharner à lui refuser le qualificatif de « racisme », au motif, je cite, que « les musulmans ne sont pas une race », admettent ainsi que pour eux d’autres groupes humains seraient de « vraies races », et donc reconnaissent in fine qu’ils croient en la race …

Alors, chers « camarades » qui répétez à l’envie dès que des africains, des afrodescendants, des musulmans etc tentent de s’organiser que « la race n’existe pas », il va falloir choisir, elle existe ou elle n’existe pas ?

On va vous aider : tous les groupes autrefois qualifiés de « race » (comme par exemple nous, les « noirs ») l’ont été par un processus de racialisation et d’exploitation. Il s’agit d’assignations historiques qui n’existent qu’à travers les rapports sociaux (ce qui les rend à la fois aussi bien fausses sur un plan biologique qu’extrêmement réelles dans l’organisation hiérarchique des sociétés).

Ces assignations s’appuient aussi bien sur des éléments voulues « physiques » que « culturels ». Autrement dit, de la même façon que la « couleur de peau » a servi de marqueurs pour signifier différences et hiérarchies, il en a été de même pour les pratiques culturelles, dont la religion.

Aussi, puisqu’il s’agit de processus historiques, ces assignations ne sont pas figées, elles sont donc mouvantes en fonction des contextes et lieux dans lesquels elles sont produites.

Fanon nous alertait déjà sur ce tournant :

« Le racisme vulgaire, primitif, simpliste prétendait trouver dans le biologique, les Ecritures s’étant révélées insuffisantes, la base matérielle de la doctrine. […] Ce racisme (…) se transforme en racisme culturel. L’objet du racisme n’est plus l’homme en particulier mais une certaine forme d’exister. A l’extrême on parle de message, de style culturel. Les « valeurs occidentales » rejoignent singulièrement le déjà célèbre appel à la lutte de la « croix contre le croissant ».

(Pour la révolution africaine, p.40)

Autrement dit, plutôt que de dire que « tel peuple est inférieur » on s’en prendra à sa culture (réelle ou supposée) pour justifier de le traiter en paria. Différents procédés pour une même finalité : hiérarchisation, dépossession, exploitation.

Cela ne veut pas dire que la haine européenne de l’islam est nouvelle, mais que les temps que nous vivons voient la production d’une forme contemporaine et particulière d’islamophobie qui ne peut être détachée de la politique occidentale au Moyen-Orient (sans qu’elle s’y réduise) et qui prend la figure du « terroriste » et de la lutte contre celui-ci comme prétextes de toutes les ingérences et tous les massacres commis pour le profit.

Mais on ne dira jamais par exemple que lesdits « terroristes » furent jadis armés, pour s’opposer aux russes, par les mêmes puissances qui les combattent aujourd’hui. Et si je mets « terrorisme » entre guillemets ce n’est pas par manque de respect pour les victimes des massacres commis contre les populations occidentales – je vis par ailleurs en occident; donc je peux moi-même en être la cible – mais parce qu’il n’est pas possible de n’attribuer le qualificatif de terrorisme qu’aux actes contre les populations euro-américaines, et pas pour les massacres perpétrés (parfois au nom des droits de l’homme !) par les pays occidentaux, et ce bien avant la multiplication du phénomène dit « djihadiste ». Et bien sûr, dire ceci ne veut pas non plus dire que l’impérialisme est l’explication unique des violences commises au nom de l’islam, mais puisque je vis en France, pays dans lequel, comme ailleurs en occident, on refuse de donner à cette donnée son importance, il me semble crucial d’insister dessus, en toute lucidité.

Bref, oui l’islamophobie est bien un racisme, et même un moteur de l’impérialisme, et ce quand bien même les « musulmans ne sont pas une race ». De toutes les façons, aucun groupe n’est une « race pour de vrai ». Nous les noirs ne sommes aucunement une « race », mais un ensemble de peuples, or la négrophobie existe bel et bien. Cessons aussi l’hypocrisie : lorsqu’on dit « musulman » cela n’évoque pas une figure neutre dans nos esprits : on pense d’abord à « arabe », et par extension « religion de non européens ». Donc cette catégorie n’est pas « racialement neutre ». Il ne s’agit jamais simplement de « religions ».

Ceux qui prétendent donc être « révolutionnaires », « communistes », « antiracistes » ne peuvent plus passer leur temps à délirer dans le ciel gris de leurs idées : reconnaissez le fait social islamophobe, sa prégnance dans la société française, son rôle dans l’impérialisme, et AGISSEZ en vous joignant à ceux qui se mobilisent contre.

Paix aux âmes des morts, et force à tous les vivants. Le combat continue.

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